DIMANCHE 20 JANVIER 1793, les dernières heures du Roi.

Publié le par culture

Etonné de ne pas voir Monsieur de Malesherbes, Louis XVI s'en inquiète auprès de son fidèle Cléry qui lui répond:" Sire, je viens d'apprendre qu'il s'est présenté plusieurs fois mais l'entrée de la Tour lui a toujours été refusée". Le Roi, d'après Cléry se promène dans sa chambre, lit, écrit.

A deux heures, sans frapper, on ouvre la porte ; c'est le ministre de la justice, Garat, accompagné de Lebrun, ministre des affaires étrangères, Grouvelle, secrétaire du Conseil de la Commune, Pétion, maire et autres "personnalités" révolutionnaires. Santerre dit à  Cléry d'annoncer au Roi le Conseil exécutif.

garat-inverse-copie-1.jpgGarat, gardant son chapeau sur la tête, chaussa ses lunettes cerclées d'or* et s'adressa alors à Louis XVI: Louis, la Convention nationale a chargé le Conseil exécutif provisoire de vous signifier ses décrets des 15-16-17-19 et 20 janvier:

-Article I, La Convention nationale déclare Louis Capet, dernier roi des Français, coupable de conspiration contre la liberté de la Nation et d'attentat contre la sûreté générale de l'Etat.

-Article II, La Convention nationale décrète que Louis Capet subira la peine de mort.

-Article III, la Convention nationale déclare nul l'acte de Louis Capet, apporté à la barre par ses conseils, qualifié d'appel à la Nation du jugement contre lui rendu par la Convention ; défend à qui que ce soit d'y donner aucune suite, à peine d'être poursuivi et puni comme coupable d'attentat à la sûreté générale de la république.

-Article IVle Conseil exécutif provisoire notifiera le présent décret dans le jour à Louis Capet et prendra les mesures de police et de sûreté nécessaires pour en assurer l'exécution dans les vingt quatre heures, à compter de sa notification, et rendra compte du tout à la Convention nationale, immédiatement après qu'il aura été exécuté.

Louis XVI a écouté calmement la lecture, seul le mot "conspiration" l'a indigné. Il tire une lettre de son portefeuille, la lit avant de demander à Garat qu'elle soit remise sur le champ à la Convention:

" Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à paraître devant Dieu ; je demande pour cela de pouvoir voir librement la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude pour cet acte de charité qu'elle remplira auprès de moi.

Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que le conseil général a établi depuis quelques jours.

Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je le lui demanderai et sans témoin ; je désirerais bien que la Convention nationale s'occupât tout de suite de ma famille et qu'elle lui permît de se retirer librement où elle le jugerait à propos.

Je recommande à la bienfaisance de la Nation toutes les personnes qui m'étaient attachées: il y en a beaucoup qui avaient mis toute leur fortune dans leurs charges et qui, n'ayant plus d'appointements, doivent être dans le besoin, et même de celles qui ne vivaient que de leurs appointements; dans les pensionnaires, il y a beaucoup de vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avaient que cela pour vivre.

Fait à la Tour du Temple, le 20 janvier 1793,

Louis."

Garat prit la lettre et assura qu'il allait la porter à la Convention. Comme il sortait, Louis XVI lui donna une autre lettre, pour le cas où la Convention accéderait à sa demande pour la personne qu'il désire, dans laquelle était écrit: Monsieur Edgeworth de Firmont N° 483, rue du Bac.

Tous sortirent.

Louis XVI s'adressa à Cléry pour qu'il demande son dîner.

Ayant livré le dîner (déjeuner de maintenant) deux municipaux lurent à Cléry un arrêté annonçant que"Louis ne se servirait point de couteau ou de fourchette pour son repas, qu'un couteau serait confié à son valet de chambre pour lui couper son pain et sa viande, en présence des deux commissaires et qu'en suite ce couteau serait retiré" et de le dire à Louis. Cléry refusa.

Louis XVI se mit à table:"Je n'ai pas de couteau". Un municipal lut alors l'arrêté de la Commune, ce qui irrita Louis XVI :"Me croit-on assez lâche pour que j'attente à ma vie ? On m'impute des crimes, mais j'en suis innocent et je mourrai sans crainte ; je voudrais que ma mort fit le bonheur des Français et pût écarter les malheurs que je prévois".

A suivre dans la soirée....

*Garat ne remit jamais ces lunettes à montures dorées, dont il ne se sépara pourtant pas. Très longtemps après ce 20 janvier, le 9 décembre 1833, il rentrait chez lui après une promenade et trouva  le curé d'Ustaritz, ami, lisant son bréviaire avec les lunettes à montures dorées, ayant oublié les siennes. Garat les vit:"les lunettes de la sentence !" et tomba foudroyé.

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