26 JUILLET 1795 LE COMBAT DE LA PIOCHAIS (Ile et Vilaine)

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26 JUILLET 1795 LE COMBAT DE LA PIOCHAIS (Ile et Vilaine)

A La Piochais (entre Fougères et Louvigné du Désert), ce 26 juillet 1795, vers les huit heures et demie du matin, un convoi républicain tombe dans une embuscade tendue par les Chouans.

Venant de Fougères ce convoi, escorté par 145 soldats du Bataillon d’Infanterie Légère de Nantes et de Gardes territoriaux, va ravitailler la garnison de Louvigné du Désert en manque de vivres et d’armes.

Les chouans, menés par Guy Picquet du Boisguy, Aimé Picquet du Boisguy et Auguste Hay de Bonteville, sont embusqués au-dessus du massif rocheux qui surplombe le défilé que traverse la route Fougères Louvigné. Un endroit idéal pour une embuscade ; celui qui s’engage dans le défilé n’ayant aucune possibilité de manœuvrer.

Les forces en présence ? Le colonel Toussaint du Breil de Pontbriand les estime à 660 pour les Bleus et à 700 pour les Chouans.

Les Bleus, eux, se disent 125 puis 145, et donnent le nombre de 1200 pour les Chouans. Mais nous connaissons la façon des Bleus pour expliquer leurs défaites : faible nombre chez eux et sureffectifs chez les Chouans.

« Le combat, qui a eu lieu le 8 thermidor dernier, entre un détachement de notre garnison et les chouans, est de toutes les affaires de genre qui se sont passées dans l'étendue de notre district celle qu'il faut regarder comme la plus malheureuse par les pertes de tous genres que la République y a éprouvées et par les actes de férocité que les chouans y ont commis.
Deux caissons portaient des vivres aux troupes cantonnées à Louvigné du Désert ou aux environs. Le fourgon de la messagerie de Rennes à Caen partait ce même jour de Fougères. Beaucoup de voyageurs avaient profité de cette occasion pour se mettre en route, et dans le nombre se trouvaient plusieurs négociants qui se faisaient suivre par des voitures richement chargées. Une chaise de poste renfermait plusieurs femmes que leurs affaires appelaient aussi à Caen. Tous ces objets rassemblés formaient un convoi assez considérable.
L'escorte forte d'environ cent quarante hommes était composée du détachement du premier Bataillon d’Infanterie Légère de Nantes et de la compagnie de la garde territoriale de Fougères.
Les voyageurs s'étaient placés entre l'avant-garde et les voitures. Une partie du détachement formait une arrière-garde, le reste marchait sur deux files à droite et à gauche du convoi, des éclaireurs étaient disposés sur les aile
s »

Rapport de l'administration républicaine de Fougères au département.

« Un corps de la garnison de Fougères, portant le nom de division nantaise, commandé par l'adjudant-général F.M..., partit de Fougères, escortant un convoi pour la troupe cantonnée à Louvigné du Désert; cette colonne était forte de six cents hommes, environ soixante gardes territoriaux de Fougères s'y joignirent. Les du Boisguy, qui avaient été prévenus la veille, résolurent d'attaquer ce convoi. Ils réunirent, pendant la nuit, environ sept cents hommes et furent prendre position au lieu dit le Rocher de la Piochais, où ils dressèrent une embuscade. La position est très favorable; l'ennemi était forcé de s'engager dans une route resserrée, à droite et à gauche, par des marais presque impraticables, qui l'empêchaient de faire éclairer la marche. Du Boisguy l'aîné commandait la gauche, son frère était au centre, Hay de Bonteville occupait la droite, avec la seconde colonne »

Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

26 JUILLET 1795 LE COMBAT DE LA PIOCHAIS (Ile et Vilaine)

Les Chouans, bien embusqués ouvrent le feu presque à bout portant ; les Bleus, surpris, ne peuvent riposter efficacement et c’est très vite la débandade avec les Chouans aux trousses jusque dans la forêt de Fougères, à 6 kilomètres, qui leur tuent plusieurs dizaines d’hommes.

« Ce convoi était à environ deux lieues de Fougères lorsque sur les huit heures et demie du matin il rencontra les chouans qui, avertis probablement de son départ, avaient fait toutes leurs dispositions pour l'attaquer avec avantage ; ils s'étaient réunis en grand nombre, s'étaient embusqués sur une hauteur et pour rendre leur masse plus imposante, ils l'avaient grossie de beaucoup d'habitants des campagnes qu'ils avaient contraints à les suivre.
À leur apparition subite, suivie à l'instant d'une décharge et bientôt après d'un mouvement général sur la tête du convoi, les simples voyageurs, qui la plupart étaient sans armes, prirent les premiers l'épouvante et, se rejetant dans la fuite sur la troupe qui était derrière eux, en entraînèrent une partie et mirent le reste en désordre. Le mal s'accrut bientôt au point que les officiers firent de vains efforts pour rallier leurs soldats, de sorte qu'après une bonne mais inutile résistance de l'avant-garde, composée de gardes territoriaux, la déroute devint générale. Les chouans poursuivirent les fuyards jusque dans la forêt de Fougères et ce fut pendant cette poursuite que nous fîmes la plus grande perte.
»

Rapport de l'administration républicaine de Fougères au département.

Guy du Boisguy poursuit les Bleus mais allant trop vite, il distance ses hommes et veut s’attaquer seul à une vingtaine de territoriaux dont il est séparé par un marais dans lequel, s’avançant trop, il s’englue jusqu’à la taille, devenant une cible aisée. Un nommé Zemmer, volontaire dans la garde territoriale de Fougères, l’’atteint de deux ou trois balles et l’achève à coups de crosse. Ses Chouans arrivent peu après, le tirent du marais et l’emmènent dans un village plus loin où il décède eux heures plus tard.

« Du Boisguy l'ainé s'élança avec ardeur à leur poursuite et devança bientôt tous les siens; il n'était plus suivi que d'un seul homme, quand il voulut couper la retraite à une vingtaine de soldats qui fuyaient en désordre : « Bas les armes ! » s'écrie-t-il ; ceux-ci s'arrêtent étonnés ; pour arriver à eux, il y avait un petit marais à traverser ; il s'y jette seul, et s'enfonce dans la vase jusqu'à la ceinture; plusieurs soldats l'ajustent et font leur décharge ; il est frappé de trois balles et mortellement blessé. Ses soldats arrivent ; ils le retirent, et le transportent au village de la Charbonnelaie, en Landéan, où il expire deux heures après. Telle fut la fin de Guy du Boisguy, brave officier à qui on ne peut reprocher qu'une aveugle témérité. Il n'avait pas encore vingt et un ans et donnait les plus belles espérances; son audace égalait celle de son oncle de la Motte-Piquet, qu'il disait vouloir prendre pour modèle. »

Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

« Ce jour, 10 thermidor, troisième année républicaine, devant les administrateurs du directoire de Fougères, a comparu le citoyen Jorse, garde territorial, lequel a déclaré que le 8 de ce mois il faisait partie du détachement ayant été mis en déroute, il fit son possible pour rallier ses camarades ; que, forcé de se replier, il vit à l'entrée de la forêt un chouan, monté sur un cheval bai clair, courte queue, qui courait le long du grand chemin sur ceux qui fuyaient ; que ce chouan descendit de cheval pour courir vers le déclarant, qu'alors ce dernier lui tira un coup de fusil et le blessa à la tête, qu'il lui tira un second coup dans le côté gauche et l'abattit ; qu'alors ce chouan voulut encore, avec la carabine dont il était armé, parer les coups de crosse de fusil que le déclarant lui portait, qu'à force de frapper il cassa son fusil, se jeta sur le chouan, le prit à la gorge et finit par le tuer ou le laisser pour mort, s'empara ensuite de sa carabine qu'il a rapportée et qui est encore teinte du sang du même chouan. Le déclarant ajoute qu'au premier coup que reçut le chouan, il appela à son secours son domestique nommé Henry ; que le déclarant voyant ce petit domestique approcher, lui tira un coup de fusil et l'abattit ; il ajoute encore que le chouan dont il a parlé était en petite veste de coton, gilet et pantalon, qu'il portait deux épaulettes à graines d'épinards et avait un très gros portefeuille, que le déclarant n'eut pas le temps de prendre, attendu qu'une foule de chouans arrivèrent en criant de toutes leurs forces et le poursuivirent longtemps. Le chouan tué était à peu près de la taille de cinq pieds trois pouces, cheveux frisés, avec une petite muscadine (termes du déclarant). »

Rapport de l'administration républicaine

Aimé du Boisguy s’installe à Landéan avec ses Chouans afin de souffler un peu et fait enfermer ses prisonniers. Auguste Hay de Bonteville poursuit les Bleus dans la forêt de Fougères et finalement abandonne et revient à Landéan.

A Fougères, au bruit de la fusillade tout ce que la ville comptait comme soldats les envoya en renfort. La rencontre avec les Chouans eut lieu à Landéan ; après des combats indécis, les Chouans reprirent le dessus.

Aimé du Boisguy, qui avait appris que son frère était grièvement blessé était parti prendre de ses nouvelles. En cours de route ayant appris sa mort il doit faire demi-tour en raison de la contre attaque des Bleus ; il ordonne l'exécution des prisonniers, au nombre d’une quinzaine et en exécute lui-même.

A la Piochais les Bleus ont perdu beaucoup d’hommes mais aussi des milliers d’assignats, des armes ; mais aussi deux jeunes filles avaient été assassinées par les Chouans. Sur ordre de Boisguy une rapide enquête est menée ; les coupables furent retrouvés, jugés et fusillés le jour même (12 août 1795).

« Le lendemain, un officier public est parti de Fougères avec une escorte pour achever de reconnaître les morts et de les faire inhumer. La perte résultant du pillage s'élève à des sommes considérables; celles en assignats seulement est estimée à environ un million et demi en y comprenant une somme de 324 420 francs que le receveur du district de Fougères avait chargée pour Paris sur le fourgon. Quinze chevaux ont été tués ou pris et leur valeur excède 200 000 livres. La perte en armes et en munitions n'est pas celle qui mérite le moins d'exciter nos regrets. »

Rapport de l'administration républicaine de Fougères au département.

Très faibles pertes pour les Chouans (moins d’une dizaine) et entre 50 et 100 pour les Bleus auxquels il faut ajouter les deux jeunes filles et quelques voyageurs.

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