CARRIER, FIN DE CARRIERE ANNONCEE en ce 23 novembre 1794...

Publié le par culture

Tout le monde le lit, certains "historiens" l'écrivent encore et parlent toujours de Carrier rappelé à Paris à cause de ses crimes, condamné à mort et guillotiné.

Pas du tout ! Carrier a été rappelé à Paris à sa demande ; il y est arrivé vers le 16 février (1794) pour l'affaire des 132 Nantais - riches et possédants - pour les faire "arranger" par le Tribunal révolutionnaire. Il est nommé secrétaire de la Convention, ce qui n'est pas franchement un poste de fin de carrière pour un convoqué et futur condamné à mort - ce que personne ne présage encore, pas même le futur intéressé !

Non il est rentré à Paris la conscience - du moins ce qui lui tient lieu de conscience - tranquille ; n'a t-il pas agi en application des consignes de la Convention ? N'a t-il pas purgé les prisons surpeuplées de Nantes bien avant qu'elles ne soient surencombrées après la Bataille de Savenay ? Il a durement sanctionné les soulèvements des deux côtés de la Loire : côté Sud Loire-Vendée mais aussi les pays soulevés d'Ancenis, Châteaubriant, Campbon, Saint Etienne de Montluc etc. 

Si le poste de secrétaire de la Convention lui est confié, c'est bien parcequ'il a rempli sa mission. Ne l'a t-on pas accueilli en lui disant qu'il avait besoin de repos après le bon travail réalisé "en Vendée"? Il n'est pas logé à La Conciergerie mais chez lui.

En ce matin du 23 novembre 1794, 3 Frimaire An III,  il doit se souvenir de son discours de haine à la religion et envers les prêtres, donné du haut de la chaire du Club Vincent la Montagne, ci-devant église Sainte Croix, un an plus tôt le dimanche 16 novembre 1793:

Tous les maux qui infestent la race humaine sont sortis de l’autel et du trône. Je rappelle à la mémoire les massacres de la Saint Barthélémy, ceux de Nîmes et ceux de Vendée ; j’entends les mânes d’un million de victimes égorgées, provoquant la vengeance nationale contre les prêtres. Mon indignation ne peut se contenir. J’interroge ma conscience sur les orgies scandaleuses des vendeurs de messes, sur les moyens infâmes qu’ils emploient pour opprimer le peuple et river ses chaînes. Je ne vois dans le fond et dans la forme des cérémonies des cultes que des mômeries absurdes de ces méprisables valets des rois qui ne sont faites que pour achalander leurs boutiques et faire valoir leur métier. Voyant ici ceux qui viennent d’abjurer, je distingue au milieu des prêtres des philosophes qui ne se sont associés aux prêtres que pour mieux étudier à fond leurs crimes et les révéler au peuple. Ceux-là ne sont plus des prêtres, ils sont des citoyens. Témoin Minée, ci-devant évêque constitutionnel qui vient d’abjurer au sein du département qu’il préside les erreurs et les impostures sacerdotales. L’apostolat de la Raison, éclairant, électrisant tous les esprits, les élève au niveau de la révolution. Préjugés, superstitions, fanatisme, tout se dissipe devant le flambeau de la philosophie. Minée, naguère évêque, a attaqué les crimes et les erreurs du sacerdoce et abjuré la qualité de prêtre. Cinq curés ont suivi son exemple. Je veux laisser entrevoir, comme une mesure d’intérêt général, la prochaine destruction de ces réfugiés qui affament la ville.

CARRIER, FIN DE CARRIERE ANNONCEE en ce 23 novembre 1794...CARRIER, FIN DE CARRIERE ANNONCEE en ce 23 novembre 1794...

Né à Yolet, près d'Aurillac dans le Cantal, baptisé et élevé dans la religion catholique, comme beaucoup de furieux élevés de la même façon et ayant reçus la même éducation religieuse, il a tout rejeté.

Malheureusement pour lui il y a eu cette "malencontreuse" affaire des 132 Nantais (arrivés au nombre de 94) et un procès qui se retourne contre les accusateurs - le Comité révolutionnaire nantais - lequel se retourne à son tour contre le Représentant en mission, l'accusant d'avoir donné des ordres auxquels il a fallu obéir.

Même Phélippes-Tronjolly - de son nom complet François-Anne-Louis Phélippes de Coatgoureden de Tronjolly - ancien Président du Tribunal criminel révolutionnaire de Nantes, que Carrier avait eu l'imprudence de mettre dans le lot des accusés, se retourne contre son ancien mentor, sans doute pour faire oublier tout le sang qu'il a sur les mains.

En ce dimanche 23 novembre 1794, Chicorée 3 Frimaire An III, la Convention décrète:

-Décret portant que toutes les pièces originales relatives au Représentant du peuple Carrier seront apportées sans délai au Comité de Sûreté Générale (Bulletin 49/7).

-Décret portant que le Représentant du peuple Carrier se rendra sur le champ dans le sein de la Convention (Bulletin 49/11).

-Décret portant que l'appel nominal relatif au décret d'accusation contre Carrier sera imprimé, distribué et envoyé aux départemenrs et aux armées (Bulletin 49/11).

Aïe, Aïe, Aïe, le temps se gâte pour le Représentant en mission. Certainement dans un état second, il doit se demander ce qui est en train de lui arriver, lui le fonctionnaire zélé.

C'était il y a 220 ans, tout juste.

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