Mercredi 30 octobre 1799, 8 brumaire An VIII il y a 227 ans ; le saint républicain du jour est la scorsonère. A Montaigu (Vendée) les royalistes sous les ordres de Suzannet ont échoué.
A Locminé cela va être une mauvaise journée pour les Bleus du 2ème Bataillon de la 58ème Demi-brigade sous les ordres du capitaine Ferry . Les Chouans commandés par Pierre Guillemot, Roué Begnen – le Roi de Bignan -, commandant les opérations, à la tête de 2000 Chouans, fait attaquer le bourg, dès sept heures du matin, par trois côtés à la fois. Le 2ème bataillon dit de Pluméliau commandé par Guillôme et Mathurin Le Sergent attaque par les routes de Baud et de Pontivy. Pierre Guillemot secondé par son fidèle Le Thieis (improprement appelé l’abbé alors qu’il n’a fait que quelques années de séminaire), à la tête du 1er bataillon dit de Bignan arrive par la route de Vannes, avec la compagnie d'Elven commandée par Gomez, au sud ; la ville est défendue par un bataillon de troupes de lignes, une compagnie de Gardes mobiles et un escadron de gendarmerie ; une centaine d’hommes.
Julien Guillemot raconte (Lettre à mes neveux) : « Les Républicains avaient pris position dans les halles et dans les maisons environnantes ; mais, mes chers neveux, il se passa dès le commencement du combat, un trait que je ne veux pas vous laisser ignorer. À peine le bataillon de Pluméliau eut-il commencé le feu, qu'un sous-officier, un mulâtre, se présente sur la place et porte un défi, à la baïonnette, au plus brave des Chouans. À l'instant, et comme par enchantement, le feu cesse et le silence règne ; mais Mathurin Le Sergent ne fait pas attendre le provocateur ; il croise la baïonnette, s'élance vers lui et, en moins de deux minutes, il l'étend à ses pieds, et crie en avant à son bataillon. Alors recommence le combat ».
La « furia » chouanne lance l’assaut et les Bleus, culbutés, vont se réfugier dans le cimetière qui, à l’époque, entourait l’église Saint Sauveur attenante à la chapelle Saint Colomban. Leur lieutenant, Antoine Valois originaire de Paris âgé d'environ quarante ans, est tué dès le début de la bataille ce qui désorganise les soldats qui prennent la fuite. La route de Vannes étant bloquée par les troupes de Gomez les Bleus fuient par la route de Baud et à travers champs poursuivis par les Chouans. Dans le registre d'Etat civil de la commune de Locminé l'officier municipal, Noël Toussaint Pierre Debroise, note le décès de sept soldats de la garnison (outre le lieutenant Valois), le caporal Simon Grégoire, le fourrier Gauthier et cinq inconnus. Autre information de cette déclaration de Debroise faite le 8 brumaire An VIII il situe "cette action la veille sur le coup de six heures trois quarts du matin". Donc le 7 brumaire An VIII, 29 octobre 1799.
Après avoir pillé les réserves alimentaires des Bleus et emporté la caisse de la municipalité, dont le maire est Jean Lebouhellec, les Chouans regagnent leurs pénates. Pierre Guillemot relâche les prisonniers contre promesse de ne plus se battre contre les Chouans.
Julien Guillemot écrit : « Il fut fait près de cent prisonniers, dont plusieurs appartenaient à la colonne mobile, auxquels il était impossible de faire grâce, tant le peuple était exaspéré contre ces scélérats, qui s'étaient livrés à tous les crimes dans les campagnes. Les soldats appartenant à la ligne furent renvoyés après avoir juré de ne plus porter les armes contre les Royalistes ».
Les Bleus rapportent différemment : « Le 7 brumaire, vers sept heures du matin, une troupe d'environ 3 000 brigands se porta à l'improviste sur Locminé et s'en empara, malgré la résistance de la garnison. 8 militaires de la 58e ont perdu la vie, dont un lieutenant, qui fut percé d'une balle, après avoir renversé un brigand sous ses coups. La garnison était de 100 hommes ; il ne s'en sauva qu'environ 25 avec la brigade de gendarmerie. Les brigands emmenèrent le reste comme prisonniers, ainsi que 7 chasseurs à cheval et tous les jeunes gens de Locminé. Ils emmenèrent aussi les chevaux des chasseurs tout équipés après avoir attaché à la queue de ces chevaux les écharpes des officiers municipaux. Les brigands, avant de quitter Locminé, se sont livrés à différents excès, ont fait contribuer plusieurs particuliers et on pillé la caisse du contrôleur. Ils sont revenus la nuit chercher l'officier de santé pour soigner leurs blessés, qu'on dit nombreux ».
Les chasseurs du 2e régiment à cheval, rescapés de la bataille, renvoyèrent le rapport suivant le 3 novembre : « Locminé fut attaquée ledit jour, sur les 7 heures du matin, par environ 2 000 brigands commandés par Guillemot dit le Roi de Bignan. La garnison, composée d'environ 80 hommes, était casernée. Une garde de 20 hommes était distribuée dans les différents postes. Le premier coup de fusil fut tiré, sur la route de Josselin, sur le factionnaire. Au même instant, on était attaqué sur la route de Vannes et le bourg était cerné. Malgré la résistance qu'opposa le corps de garde de la place, l'infanterie fut en partie surprise dans ses lits et, au bout de trois quarts d'heure, tout était fini à l'avantage des brigands. Quelques chouans et une vingtaine de républicains ont été tués ou blessés mortellement. 13 Chasseurs avec leurs chevaux et 34 hommes d'infanterie ont été faits prisonniers. Du nombre de ces derniers, sept, qui étaient blessés, ont été renvoyés le jour même ; le surlendemain, deux. Les autres ont été renvoyés le même jour que les chasseurs. Il n'est point de moyens de séduction que (les brigands) n'aient employés pour déterminer les prisonniers à servir avec eux. Les habitants de la campagne, dans les communes ci-dessus désignées, sont tous de leur parti... Tous paraissent bien armés, forts contents de leur métier, dansent, boivent et semblent braver la misère qui les accable ».
Quel bilan au final ? Difficile à dire sinon la joie dans les campagnes, ce qui est une bonne chose par ces temps lugubres. Il est possible aussi que les Chouans aient débauché une partie des prisonniers pour les embaucher chez eux.
Si l’occupation n’a duré que quelques heures elle a surtout causé une grande démoralisation des Bleus. Ce qui est une sorte de victoire !