FIN D'UNE LEGENDE ?
Comme beaucoup je pensais que les ossements des 564 (563) martyrs des Lucs sur Boulogne de 1794 reposaient sous la chapelle emblématique Notre Dame du Petit Luc. C'était dit, répété, écrit et répété.
J'y avais emmené, le jeudi 4 juin 2009, un groupe de 40 Américains et leur aumônier Canadien-français, sur l'initiative de James Bogle of Gilmoril (avocat à la Cour de Londres, dont j'avais fait la connaissance lorsqu'il était venu pour la commémoration en l'honneur de Charette en mars 2006). Ce groupe, appelé The Remnant d'obédience de la FSSPX, avait auparavant effectué le pélerinage de Paris à Chartres.
Leur périple dans l'Ouest avait débuté à Sainte Anne d'Auray où ils avaient été accueillis par le Souvenir Chouan de Bretagne le mercredi 3 juin. Déjeuner rapide, visite de la basilique Sainte Anne puis passage au Champ des maryrs de Brec'h, avec explications, et au mausolée de La Chartreuse. Messe dans la chapelle, voeu exprimé par leur aumônier, et qui fut réalisé grâce aux soeurs compréhensives.
Le 4 la visite en Vendée commença par La Chabotterie, dirigée par un guide de L'Historial parlant anglais. Puis ce fut le départ pour les Lucs où l'aumônier me demanda de pouvoir célébrer la messe ; rapidement, il fallut organiser, contacter la mairie puis le Curé de la Paroisse qui envoya sa sacristine avec le nécessaire. Je leur expliquais ce qu'il s'était passé là le 28 février 1794, la chapelle reconstruite sur les ruines de l'église et les ossements sous le sol. Puis le lendemain ce fut Saint Florent le Vieil.
Il y a sept ou huit ans, Nicolas Delahaye, vrai spécialiste des Guerres de Vendée, historiographe d'archives comme Richard Lueil, mettait un article sur son Blog Chouans et Vendéens dans lequel il écrivait qu'il n'y avait pas d'ossements sous la chapelle et encore moins de 564 personnes. Je notais cela qui m'intriguait.
Hélas Nicolas a fermé son Blog (visité par plus de 5 millions de lecteurs en 11 ans) en mai-juin 2022 et a effacé tous ses articles qui étaient une vraie mine d'Histoire des Révoltés de la Chouannerie et de la Vendée.
Récemment j'ai lu qu'une association de reconstitutions des évènements allait s'attaquer au sujet, ce qui m'a donné l'envie de découvrir le sujet à partir des bribes qui m'étaient restées en mémoire de l'article de Nicolas.
Je suis allé le 2 mars aux Lucs et particulièrement à la chapelle Notre Dame où la veille le Souvenir Vendéen, son Président Olivier du Boucheron et son Vice-président Xavier de Moulins, avait organisé un rassemblement en mémoire des massacrés, avec la présence de Monseigneur de Dinechin nouvel évêque de Luçon, et de personnalités civiles.
J'avais découvert l'Association Lucus et son site Internet très riche en Histoire des Lucs sur Boulogne et en particulier la période de la révolution. Contacté son responsable m'autorisait à utiliser ses sources, ce que je fais avec plaisir (site à consulter). Je découvrais, par ailleurs, la liste des malheureuses victimes. Les massacres ont eu lieu non pas aux Lucs sur Boulogne mais sur la paroisse des Lucs, très étendue à l'époque et dont une partie des hameaux fait partie de la paroisse de Legé depuis juin 1861. La réparttion des tués est donc faite par hameaux selon la liste que l'abbé Charles Vincent Barbedette (1742-1813) établit le 30 mars 1794 auprès des survivants. Il est quasiment certain que les victimes de ces hameaux ont été inhumées sur place, par respect mais aussi par salubrité. Une partie a du être inhumée dans une fosse de l'ancien cimetière disparu à partir de 1806 (il se trouvait à l'emplacement des trois places face à l'église actuelle).
L'abbé Jean Bart (1824-1876, 52 ans ) curé des Lucs de 1856 à 1876 entreprend de relever l'église du Petit Luc et construit, de 1863 à 1866 la chapelle mémorial. Il y a sous les décombres des restes des victimes dont une partie est inhumée dans le nouveau cimetière, quelques ossements seraient déposés sous la rosace du dallage.
L'abbé Gabriel Prouteau (1887-1948) curé de Saint Pierre des Lucs de 1937 à 1948, avait découvert, grâce à des témoignages (une femme qui avait 12 ans à l'époque, et surtout grâce à la famille des fossoyeurs Vrignaud), l'endroit où avaient été inhumés les ossements en 1863 dans le nouveau cimetière. Il exprimera le souhait d'être inhumé auprès de ces reliques, lui qui avait introduit, le 26 juin 1946, auprès de l'évêque de Luçon la cause en béatification des 110 enfants victimes de la Colonne infernale de Cordellier.
Lors de son décès sa tombe sera creusée à l'endroit désiré et le fossoyeur découvrira, effectivement, des ossements (deux brouettées) qu'il lavera avant de les déposer autour du cercueil de l'abbé Prouteau. Son tombeau (dont j'ai découvert l'emplacement, grâce aux renseignements de la mairie des Lucs - personnes très aimables) a été inauguré (Bulletin paroissial N°5 du 30 janvier-6 février 1949) lors d'une cérémonie solennelle le 3 février 1949.
Le 28 février 1978 le Père cistercien Marie-Auguste Huchet (1910-1985), lors d'une allocution dans la chapelle du Petit Luc, démontrera qu'il n'y a pas d'ossements dans ladite chapelle et qu'ils sont dans le cimetière des Lucs sur Boulogne et non sous la rosace, ce qu'il regrette.
Article plus complet sur le sujet dans une prochaine revue du Souvenir Chouan de Bretagne avec les références des sources, AD 85, Registres paroissiaux des Lucs "Le Semeur", Archives municipales de Nantes etc.