Dans le dernier numéro (310) de la revue du Souvenir Vendéen, un article est consacré au massacre de 400 personnes la nuit de Noël 1793. Le rédacteur en chef a, sans aucun doute, été abusé. Dans son éditorial le Président du Souvenir Vendéen, revendique, à juste raison, pour ladite érudite association, les références historiques de ses articles et la valeur de référence de son corpus. Nous ne saurions moins en attendre d’une association qui, bientôt centenaire, a toujours tenu à présenter des articles étayés.
L’article incriminé est basé sur un seul témoignage, la lettre de Nogaret (peut-être officier d'intendance d'après l'auteur) à son père.
(Jean-Baptiste Louis Dominique de Nogaret, né le 23 juin 1768 à Grignan, Drôme, baptisé le 26 juin par le chanoine Menval Vicaire général de Monseigneur Georges Plan des Augiers évêque de Die, fils de Louis-Dominique de Nogaret, parrain un Lieutenant du Baillage. Page 246 AD 26, BMS 5MI315R8).
Il se vante d’une expédition avec ses 100 cavaliers et 6 Hussards dans l’église de Pouzauges pour y massacrer 400 personnes lors de la nuit de Noël. (L’orthographe très approximative de Jean-Baptiste de Nogaret, presque celle d’un illettré, est surprenante pour quelqu’un issu de la petite noblesse qui a sans aucun doute bénéficié d’une bonne instruction, et qui parle de la bataille du Mans, 13 décembre 1793, après son soi-disant massacre de la nuit de Noël, 24 25 décembre).
Quelle église ? Notre Dame du Vieux Pouzauges est trop petite pour contenir 400 personnes
Seule reste donc l’église Saint Jacques, un peu plus grande. Exterminées dans une église la nuit de Noël les victimes seraient alors considérées comme des Confesseurs de la Foi.
Est-ce ce possible argument qui aurait séduit Monseigneur François Jacolin, évêque de Luçon, qui doit bénir une plaque le 27 septembre dans ladite église saint Jacques, rappelant ce crime profanatoire ?
L’article du Souvenir Vendéen inspire quelques réflexions :
- C’est la première fois que l’on apprend qu’une messe, surtout de Noël, est célébrée dans une église, lesquelles sont fermées. Il n’y a qu’un cas précis à Questembert (56), mais c’est en Bretagne sous haute surveillance des Chouans. En général les rares courageux prêtres réfractaires, qui ne portaient pas la soutane, interdite depuis avril 1792 et gênante pour se dissimuler, célébraient dans les granges ou au fond des bois, discrètement, des postes de gardes entourant le lieu de culte.
- Là, à Pouzauges, en plein quartier de protestants (souvent favorables aux républicains), sans gardes en protection, en plein pays insurgé, où les Vendéens se sont fait étriller 5 jours auparavant (le 19 n’est pas un jour saint donc ce sont de pauvres bougres) par les troupes du général Joba, où les Bleus rôdent en grand nombre, et dans les villages alentours. L’auteur de l’article ne précise pas si l’on a fait carillonner les cloches (c’est une boutade, il n’y avait plus de cloches envoyées à la fonte).
- La porte par laquelle seraient passés les cavaliers Bleus mesure 1,90 m de hauteur et 94 cm de large. Un cavalier ne passe pas (à moins qu’il ne soit jockey mais alors il ne serait pas soldat) en hauteur et en largeur, un peut-être mais pas cent, les fidèles ne se seraient pas laissés faire. En effet le portail principal, qui mesure 2 m 40 de hauteur, débouche sur huit marches intérieures étroites (dénivelé de 2m40 sur 2m50 de longueur) pour descendre dans la nef, difficiles pour un piéton, impraticables pour un cheval de combat et non de cirque.
- Il n’y a aucun rapport sur ce massacre commis par Nogaret, pas même par son supérieur le général Joba qui se félicite pourtant d’un massacre de 200 à 300 personnes qu’il a commis à Saint Fulgent dans la même période (Savary Guerre des Vendéens et des Chouans) rien de la part du général Desmares, le supérieur de Joba, l’inventeur de la fable du petit Bara, en difficulté avec la Convention, qui aurait pu, par ce massacre, redorer son blason auprès d’elle.
- Dans l’historique de la commune apparaît un déficit de 164 habitants entre 1793 et 1800, correspondant aux pertes, sans doute, des combats du 19 décembre 1793 et du 26 janvier 1794.
- Sur la magnifique verrière du transept droit, des vitraux de belle facture, des années 1950, retracent les figures emblématiques d’André Ripoche, de la grâce de Bonchamps, de la messe dans les bois et de l’exécution de 32 Vendéens fusillés dans la cour du château de Pouzauges mais aucun sur un éventuel massacre dans l’église de Pouzauges. Pourtant les verrières rappellent des sévices des Bleus à l’encontre des populations révoltées comme il est possible de le voir sur les œuvres de vitraillistes dans les églises des Lucs sur Boulogne, du Pin en Mauges, Saint Florent le Vieil, Courlay etc. ; ici rien ne rappelle qu’un massacre ait eu lieu dans cette église.
- Un érudit local, écrivain historiographe (titre que je préfère à celui, galvaudé, d’historien), natif de Cerizay, Richard Lueil, qui connaît parfaitement son secteur (il habite à 15 Km de Pouzauges), doute fortement de la réalité de ce massacre, tant par la configuration des lieux que par la période et ses conditions. Il a été mon guide en ce début août pour me montrer les lieux. Il pose devant la porte qu’auraient empruntée les 100 cavaliers.
- La lettre de Nogaret a été publiée, pour la première fois, dans la revue du Souvenir Vendéen en mars-avril 1980 ; sans aucun commentaire des érudits de l’association.
- Dans la revue 261 du Souvenir Vendéen de décembre 2012, rubrique Chercheurs et Curieux, un écrivain historiographe, Pierre Gréau, ancien officier, Vice-président de l’association (décédé), répondant à la question d’un lecteur, remettait fortement en cause la valeur du seul témoignage de Jean-Baptiste Nogaret, membre de la troupe qui aurait commis ce crime, précisant en outre une règle du Droit romain : testis unus, testis nullus, un seul témoignage, témoignage nul. Mais Pierre Gréau doutait fortement en cause les travaux de l’auteur de « Enquête sur un massacre de Vendée en 1793 » qui arguait « qu’il y avait eu une perte de mémoire de cet évènement et de l’ensevelissement des victimes », (et du désir d’oublier ?) mais « qu’il n’y avait pas de doutes sur la réalité du massacre ». Pierre Gréau soulignait aussi que les officiers municipaux n’en parlaient pas, de même que Dominique-Aristide Dillon, curé renégat de Pouzauges, révolutionnaire à tout crin, qui se serait sans doute fait une gloire de ce massacre (Dillon qui a déclaré que la commune de Pouzauges et quelques autres, se sont comportées constamment dans le sens de la révolution, sont exemptées de l’anathème qui peut avoir été prononcé contre le département de la Vendée – in Savary déjà cité). Pierre Gréau, qui habitait à 20 Km, écrivait son article avec des compléments de M. Michel Chatry, qui habite à 15 Km de Pouzauges, alors Président du Souvenir Vendéen, dont les connaissances historiques sont indiscutables.
- Pouzauges se souvient des 32 fusillés dans la cour du château en janvier 1794 mais a oublié les 400 massacrés de Noël 1793. Etrange. Les fusillés font l’objet d’une partie du vitrail.
- Enfin les villages martyrs alentour ont su se souvenir, lors de la reconstitution des actes d’état-civil, de leurs victimes : Les Herbiers, Saint Mesmin et ses victimes mais aussi deux hommes assassinés par un nommé Ribard, Montournais, Réaumur, Le Boupère, La Flocellière dont 3 victimes reconnues par Dillon.
La haine de la révolution, la détestation de la république, qui n’aime pas l’Eglise, n’autorisent pas les inventions d’histoires : les fait suffisent. Nous devons honorer la mémoire de ces malheureuses victimes de la persécution religieuse, au nom de la vérité, et non pour une récupération mercantile.
NB: Le titre de cet article, qui reprend un dicton du XVIème siècle concernant ceux qui arrachaient les dents en disant que cela ne faisait pas souffrir, est avec l’accord du Vice-président du Souvenir Chouan de Bretagne, ancien Haut magistrat
Ci-dessous fresque de l'Annonciation (XIIème siècle) dans l'église Notre-Dame.