LA CROIX PECTORALE DE MONSEIGNEUR DE HERCE

Publié le par culture

LA CROIX PECTORALE DE MONSEIGNEUR DE HERCE

Comment expliquer que Monseigneur Centène puisse porter cette relique lors des cérémonies solennelles (ordinations) ou particulières honorant la mémoire du Père Pierre-René Rogue ou de l’ancien évêque de Dol ?

Histoire
Lorsque le port de la soutane fut interdit par l'Assemblée législative le 6 avril 1792 (sur proposition de l’évêque constitutionnel de Bourges Pierre Torné) Monseigneur Urbain-René de Hercé continua de porter sa croix pectorale sur son habit civil pour distinguer sa dignité ecclésiastique de celle des autres prêtres.
Une tentative, à l’instigation des municipaux lavallois, de lui faire arracher cette croix par une femme, échoua par la vigoureuse réaction des prêtres entourant leur évêque.
Il y eut l’exil à Jersey puis à Londres, toujours en tenue civile (le port de la soutane par le clergé catholique n’est pas autorisé en Angleterre) mais la croix toujours en évidence.
Lors du départ pour la France Monseigneur de Hercé et les autres prêtres eurent la joie de pouvoir revêtir leur habit ecclésiastique, l’évêque de Dol remettant sa croix en évidence.
Détenu, avec ses quinze compagnons d’infortune, dans la tour prison de Vannes, il apprit au matin du 28 juillet 1795, à 7 heures, que l’exécution était fixée aux alentours de 10 heures. Il refuse la nourriture que M. Dondel de Kergonano (Jean-François-Ignace neveu de son prédécesseur sur le siège épiscopal de Dol –Mgr Jean-François Dondel) était allé chercher pour les prisonniers arrivés d’Auray dans la nuit : « Je vous remercie bien, mon cher monsieur Dondel, des peines que vous avez prises pour nous faire déjeuner tous. Ce repas nous devient inutile. A l’instant, on vient de nous annoncer que nous serons fusillés à 10 heures. Je me recommande à vos bonnes prières. Il ne me reste que peu de temps pour me réconcilier avec Dieu. Je vous quitte. Adieu ! »
C’est à ce moment que l’évêque de Dol décide de confier sa croix pectorale (qu’il ne portait plus sur sa soutane depuis que les prisonniers avaient quitté Auray) à une personne, une pieuse femme, qui avec d’autres est venue visiter les condamnés.  Mais pourquoi à elle précisément ? Pourquoi pas au neveu de son prédécesseur ?
Il est possible qu’il connaissait mieux cette femme, Anne-Marie Charpentier de Lenvos née Le Feuvre de La Faluere en 1734 à Tours. Elle avait épousé, le 17 novembre 1750, Pierre-Baptiste-Louis Charpentier de Lenvos (né en 1720) Conseiller au Parlement de Bretagne depuis le 26 juin 1743, figurant encore en 1771 parmi les signataires d’un contrat des Etats, puis Conseiller honoraire. Monseigneur de Hercé, évêque-comte de Dol faisait partie des Membres de droit du Parlement de Bretagne et il est possible que ce soit à l’occasion de réunions parlementaires qu’ils se soient rencontrés et aient créé des liens. C’est une hypothèse qui n’est pas plus stupide qu’une autre.
Madame de Lenvos avait fourni les 200 Louis nécessaires à l’achat des gardiens de l’actuelle tour du Connétable pour que puissent s’échapper au moins six prisonniers (dont le baron d’Entrechaus, natif de Toulon, qui écrivait son nom comme il le prononçait avé l’assent du Midi, Lennevosse).
Monsieur et Madame Charpentier de Lenvos résidaient au château de Limoges, acheté en 1786, situé à proximité de l’actuelle Maison diocésaine et ancien Grand séminaire de Vannes rue Monseigneur Tréhiou.
LA CROIX PECTORALE DE MONSEIGNEUR DE HERCE

Les Charpentier de Lenvos étaient la plus riche famille de Vannes. Ils possédaient aussi l’hôtel de Saint-Georges sur l’actuelle place Valencia (ainsi nommée en souvenir de Saint Vincent Ferrier, natif de Valence en Espagne, qui résida dans une des maisons de cette place lors de son passage à Vannes en 1418 dans laquelle il meurt en 1419). Durant la révolution l’hôtel Saint-Georges avait été réquisitionné comme logement pour les Officiers d’Etat-major. Hoche, pour sa part, avait réquisitionné l’hôtel de monsieur Jean-François-Ignace Dondel de Kergonano.

Monseigneur de Hercé demandera à Madame de Lenvos de remettre cette croix à l’évêque de Vannes "Après la persécution". Cette mission sera accomplie, après le Concordat de 1801 (appliqué le 8 avril 1802) par Madame de Lenvos en remettant le 9 avril la croix pectorale de Monseigneur de Hercé entre les mains de Monseigneur de Pancemont nouvel évêque de Vannes.

Pierre-Louis Charpentier sieur de Lenvos décède en son château de Limoges le 1er novembre 1795 à l’âge de 75 ans. Madame Anne-Marie de Lenvos décède dans ce même château le 7 octobre 1810 âgée de 76 ans. Ils n’eurent pas d’enfants.

Cette demeure appartiendra un temps à la famille Le Mintier de Léhellec, puis à la famille Aymer de La Chevalerie qui en fit don aux sœurs de la Charité ; celles-ci en font une clinique qui sera reprise par une société de médecins qui construisent une extension au début des années soixante. Le bâtiment moderne sera totalement rasé en 2011 permettant au château de Limoges de presque retrouver son isolement du XVIIIème siècle. Si les ouvertures ont été murées pour empêcher des actes de vandalisme cette demeure conserve son cachet et l’on peut imaginer la carriole de Madame Anne-Marie de Lenvos apportant en sa demeure la précieuse relique que, grâce à elle, nous pouvons voir sur la poitrine de Monseigneur Raymond Centène.

Les sources de cet article dans une prochaine revue.

LA CROIX PECTORALE DE MONSEIGNEUR DE HERCE
Lors d’un hommage rendu à Monseigneur de Hercé en la cathédrale de Dol de Bretagne le 30 juillet 2023, voilà ce que l’on pouvait lire dans le journal Ouest France du 27 juillet :
La fête de la Saint-Samson débute traditionnellement par une messe à la cathédrale. Cet office sera présidé par Mgr Jean Bondu, évêque auxiliaire de Rennes.
Ce dernier portera pendant l’office la croix pectorale du dernier évêque de Dol-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), Mgr René Urbain de Hercé qui fut guillotiné à Vannes (Ille-et-Vilaine), le 28 juillet 1795.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :