18 NOVEMBRE 1793, PROFANATION DES RELIQUES DE SAINTE GENEVIEVE

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18 NOVEMBRE 1793, PROFANATION DES RELIQUES DE SAINTE GENEVIEVE

Cet article est entièrement issu du Moniteur Universel de 1793 (l'équivalent de l'actuel Journal officiel) qui fait le compte-rendu des délibérations du Conseil de la Commune de Paris concernant la profanation de la châsse de Sainte Geneviève, extraite de la crypte de l'abbaye Sainte Geneviève.

 

Conseil de la Commune de Paris le 18 novembre 1793
Le Conseil entend la lecture du procès-verbal de dépouillement de la châsse de Sainte Geneviève et arrête que ce procès-verbal sera imprimé et envoyé à toutes les sections ainsi qu’au pape.
Arrête en outre que les ossements et les guenilles qui se sont trouvées dans cette boîte seront brûlés sur le champ en place de Grève pour y expier le crime d’avoir servi à propager l’erreur et à entretenir le luxe de tant de fainéants. Les cendres seront jetées dans la Seine.
La dépouille de cette châsse a produit 23.830 Livres. Un membre observe que ce produit lui paraît bien médiocre attendu que l’on pouvait à peine supporter l’éclat du brillant de cette châsse. Le rapporteur répond que tous les objets qui l’ornaient sont encore en nature et que la majeure partie des diamants sont faux, et notamment le fameux bouquet, dont le prix serait inestimable s’il était en pierres fines.
Le Conseil arrête que les Sections (des Champs-Elysées, des amis de la Patrie, de l’Observatoire) seront invitées à nommer des commissaires pour vérifier si lesdits objets sont dans le même état qu’avant le transport de cette châsse à la Monnaie.
La châsse a fourni 193 marcs d’argent (47 Kg) et 7 marcs d’or (1,7 Kg).
 
Extrait du procès-verbal de l’ouverture de la châsse de Sainte Geneviève.

Après nous être transportés dans un bâtiment situé à la Monnaie de Paris, après avoir reconnu que les scellés apposés sur la porte de la chambre où était enfermée la châsse de Sainte Geneviève étaient sains et entiers ; examen de ladite châsse, les susnommés ont reconnu que l’opinion publique avait été grandement trompée sur le prix exagéré auquel on a porté la valeur de cette châsse dont la majeure partie des pierres sont fausses ; les diamants, les perles fines et fausses ont été estimés, ainsi que les parties d’or et d’argent, 23.830 Livres. Nous avons trouvé dans cette châsse une caisse en forme de tombeau, couverte et collée en peau de mouton blanc et garnie de bandes de fer dans toutes les parties, de deux pieds neuf pouces de long (90cm note SCB), neuf pouces (23 cm note SCB) de largeur et de quinze pouces (38 cm note SCB) de hauteur. Ladite caisse, contenue avec du coton sur lequel nous avons trouvé une petite bourse en soie cramoisie, ayant d’un côté un aigle à double tête et de l’autres deux aigles avec une fleur de lys au milieu, brodés en or ; dans la bourse un petit morceau de voile de soie dans lequel est enveloppée une espèce de terre. Dans le cercueil il s’est trouvé deux petites lanières en peau jaune. Dans une des extrémités un paquet de toile blanche attaché avec un lacet de fil : dans ce paquet vingt quatre autres petits paquets, les uns de toile d’autres de peau, et plusieurs bourses de peau de différentes couleurs. Une phiole (sic) lacrimatoire (sic), bouchée avec du chiffon, contenant un peu de liqueur jaunâtre desséchée. Une bande de parchemin sur laquelle est écrit Una pars casulae Sancti Petri, Principis Apostolorum (un morceau de vêtement de Saint Pierre, Chef des Apôtres) et plusieurs autres inscriptions sur parchemin que nous n’avons pu déchiffrer. Ces vingt quatre petits paquets en contenaient d’autres plus petits renfermant de petites parties de terre qu’il n’est pas possible de décrire. Un de ces paquets, en forme de bourse, contient une tête en émail noir de la grosseur d’une petite noix et d’une figure hideuse dans laquelle est un papier contenant une petite partie d’ossements. Un autre paquet de toile blanche, gommée, contenait les ossements d’un cadavre et une tête sur laquelle il y avait plusieurs dépôts de sélénite (gypse note SCB) ou plâtre cristallisé. Nous n’y avons pas trouvé les os du bassin. Nous avons aussi trouvé une bande de parchemin portant ces mots Hic jacet humanum Sanctae corpus Genovefae (Ici repose le corps humain de Sainte Geneviève). Plus un stilet (sic) de cuivre en forme de pelle d’un côté et pointu de l’autre ; cet instrument servait aux anciens à tracer sur des tables de cire.

Cette châsse a été faite en 706 par le ci-devant soi-disant Saint Eloi, orfèvre et évêque de Paris. Elle a été réparée, en 1614, par Nicole, orfèvre de Paris. Il paraît que c’est à cette époque que l’on a substitué des pierres fausses en place des pierres fines qui y étaient. Le corps de la châsse est de bois de chêne très épais. Entr’autres choses fort ridicules et fort extraordinaires nous avons remarqué sur cette châsse une agate gravée en creux représentant Mucius Scaevola, brûlant sa main pour la punir d’avoir manqué le tyran Porsenna ; au-dessous est gravée Constantia. Sur une autre pierre un vil Ganymède, enlevé par l’aigle de Jupiter pour servir de giton au maître des dieux ; et sur d’autres pierres des Vénus, des Amours et autres attributs de la Fable. Tous les ornements qui couvrent la châsse sont des placages d’argent doré, très minces.

Le Moniteur Universel, 1 Frimaire An II, 21 novembre 1793

La photo qui illustre cet article est due à Marc (notre fleurisseur de la place de la révolution) que je remercie. Cette photo de la châsse est celle de la cathédrale de Nanterre  qui a été réalisée en 1930 avec des plaques en cuivre doré. La barque rappelle le ravitaillement de Paris par la sainte. Le 25 septembre 2019 Monseigneur Gérard Daucourt a transféré dans cette châsse des reliques de Sainte Geneviève. Tenant compte du texte supra il est certain qu'il a obtenu pour sa cathédrale des reliques qui étaient disséminées en France comme Monseigneur Hyacinthe-Louis de Quélen, archevêque de Paris, avait obtenu, en 1822,  des reliques de l'église Sainte Geneviève des Bois et de la basilique de Longpont. Le tombeau de sainte Geneviève est dans l'église  Saint Etienne du Mont par la volonté de son curé, l'abbé de Voisins, qui l'a faite transférée, en 1803, de la crypte de l'abbaye, rasée par la révolution, lors de la création de la rue Clovis. Le lycée Henri IV a été édifié sur le site de l'abbaye dont il ne reste que le clocher.

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