14 JUILLET 1793 PARIS. MARIE-ANNE CHARLOTTE DE CORDAY D'ARMONT. III

Publié le par culture

14 JUILLET 1793 PARIS. MARIE-ANNE CHARLOTTE DE CORDAY D'ARMONT. III

Marie-Anne Charlotte de Corday d'Armont a été transférée le 13 au soir, vers minuit, à la prison de l'abbaye (qui fut le théâtre du massacre de 376 personnes le 2 septembre 1792). Elle y est sous bonne garde aussi bien à la porte de sa cellule qu'à l'intérieur même ce qui la prive de toute intimité dont ce sera sa seule plainte.

Son geste d'ange exterminateur a révulsé Fouquier de Tinville, dit Fouquier-Tinville, Accusateur public proche de Marat et des Montagnards ; en ce dimanche 14 juillet il écrit aux administrateurs du Département de police de Paris : 

Citoyens,

L’horrible attentat commis hier dans la personne du brave et courageux républicain Marat, en même temps qu‘il doit porter l’indignation dans le cœur de tous les vrais républicains, Exige un exemple aussi sévère que prompt ; le Glaive de la Loi doit frapper sans aucun retard l’auteur et complices d’un pareil attentat.

Aussi, si vous pouviez me faire passer le procès-verbal et les pièces relatives à cette malheureuse affaire dans la matinée : dès demain l' accusée sera jugée.

Je ne vous fais aucune observation sur la compétence du tribunal, car s’agissant de l’assassinat d’un membre de la Convention, la connaissance en appartient exclusivement au Tribunal révolutionnaire.

Salut et fraternité ,

Fouquier-Tinville

Les citoyens administrateurs du département de police de Paris.

Louis-Jérôme Gohier, Ministre de la Justice et révolutionnaire zélé (il avait envoyé le 17 juin au président de la Convention la liste des députés Girondins arrêtés ou en fuite après le décret d'arrestation sous pression des  Montagnards le 2 juin) écrit à Jean-Nicolas Pache maire de Paris :

Citoyen Maire,

Le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public près le Tribunal criminel extraordinaire, va venir conférer avec moi sur les moyens les plus propres à donner toute l’activité et la solennité nécessaires aux poursuites de l’assassinat commis hier sur la personne d’un Représentant du Peuple.

Je vous prie, citoyen Maire, de vouloir bien m’envoyer par le porteur la procédure déjà commencée, j’en aurais besoin pour cette conférence, à laquelle il ne serait pas indifférent que vous puissiez assister.

Le Ministre de la Justice,
Gohier.

La Convention nationale s'y met aussi : 

La Convention Nationale décrète que le Tribunal Révolutionnaire instruira tout de suite contre l’assassin de Marat et ses complices.

Visé par l’Inspecteur :
Signé L-E. Monnel

Collationné à l’original par nous Président et secrétaires de la Convention Nationale à Paris les jours et an que dessus.

Jeanbon Saint-André, Président.
Billaud-Varennes, Levasseur et R.-T. Lindet, Secrétaires.

Au nom de la République, le Conseil Exécutif provisoire Mande et Ordonne à tous les Corps administratifs et Tribunaux que la présente Loi ils fassent consigner dans leurs Registres, lire, publier et afficher et exécuter dans leurs Départements et ressorts respectifs.

En foi de quoi nous y avons apposé notre signature et le sceau de la République.

A Paris, le quatorzième jour du mois de juillet mil sept cent quatre-vingt-treize, l’an deuxième de la République française.

Signé Deforges
Contresigné Gohier

Et scellée du sceau de la République, certifié conforme à l’original.

Signé Gohier

La présente loi a été lue et promulguée en l’audience publique du tribunal, le 14 juillet 1793 et consignée dans le registre dudit tribunal le même jour.

Pour copie conforme :

Signé Wolff , Commis-Greffier

Avec  une telle multitude notre héroïne n'a guère de chance pour son procès qui s'annonce.

Ce dimanche soir 14 juillet 1793, il y a 230 ans exactement, elle se prépare pour sa deuxième nuit en la sinistre prison de l'Abbaye avec la même surveillance lui empêchant toute intimité.

Cette prison, démolie en 1854, était mitoyenne de l'Abbaye Saint Germain ; c'est là que furent enfermés nombre de Chouans lors de la Conjuration de Georges Cadoudal contre le Premier Consul en 1804. C'est là que Napoléon 1er fit enfermer dans les sous-sols le grand Louis-Charles de Sol de Grisolles d'octobre 1804 à 1814 après que Fouché lui eut fait arracher les ongles afin de le faire parler, mais en vain. Il faut rappeler que dans les premières décisions de son règne Louis XVI avait aboli la torture qui sera rétablie sous Bonaparte et accélérée sous Napoléon 1er !

14 JUILLET 1793 PARIS. MARIE-ANNE CHARLOTTE DE CORDAY D'ARMONT. III
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :