VERGE d'OR, 27 FRUCTIDOR AN II .....

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Préambule: Fabre d'Eglantine, le ministre bucolique, aidé de quelques autres qui comme lui passèrent non pas à la trappe, mais à la lunette (de la guillotine), avait réformé l'antique calendrier grégorien qui, depuis des siècles, avait fait les preuves de sa fiabilité. Les jours et les mois collaient avec le cycle lunaire et avec la nature. Ces ingénieux avaient mis au point un système permettant de faire table rase du passé, participant à l'arasement tous azimuts des vestiges de la monarchie . Patatatras ! Quand l'idéologie se mêle de réformer le calendrier, cela finit mal. Le temps est têtu : on bricolait parfois l'ajout en tas de jours manquant quand il ne fallait pas retirer les excédentaires ! 

Ils avaient donc supprimé le nom des jours, supprimé le dimanche et son rôle religieux pour le remplacer par le décadi, en ajoutant l'option de la guillotine pour les réfractaires au dit décadi. Et chaque jour se trouva affublé d'un nom issu de la nature. Imaginons la tête de celui appelé "Plantoir" (30 ventôse) ou "Bitume"( 3 nivôse), Fumier (le 8 nivôse). Quelle douceur supposée chez une femme née un 21 frimaire: "Erable sucré" ; qu'attendre d'une femme politique qui serait née le 10 nivôse "Fléau" ou 24 pluviôse "Traînasse" ou 25 ventôse "Thon" ou encore le 18 germinal "Cigüe" ?

Le système durera jusqu'au 22 fructidor An XIII (lendemain de l'Eglantier !) ; Napoléon  Ier aura jugé que la plaisanterie avait assez duré. Tout rentre dans l'ordre le 1er  janvier 1806.

Mais combien de citoyens nés le 3  brumaire "Poire" ou le 15 "Dindon" ou le 28 frimaire "Truffe" ?

Bref venons en à ce fameux Verge d'Or An II:

En sa maison des bords de Seine, surmontée d'un télégraphe de Chappe, madame de Staël reçoit un invité.

Telegraphe-Chappe-1-copie-1.jpgAuparavant un mot sur cet instrument. Conçu par le cerveau fécond de Claude Chappe né à Brûlon dans la Sarthe ( dans la région où la Chouannerie sera très active), le télégraphe - de Τελε (Télé - fil )  γραφειν (écrire),  qui aurait dû plutôt s'appeler téloptique (Οπτειν - voir) - est l'ancêtre de la télévision et des systèmes électroniques de transmission ; IMG 3336 editedde même que le Tympanon, vu à Versailles, est l'ancêtre de l'ordinateur. Pensé dans un but de distraction au départ, Claude Chappe va vite se rendre compte de l'exceptionnel avancement pour la science de son idée, inspirée par d'autres certes, mais toute science n'est-elle pas une évolution de la pensée d'un autre ? Il utilise un système de signaux dont les figures évoquent non des lettres mais des chiffres ; Claude Chappe a inventé le système numérique qui court sous nos claviers d'ordinateurs et résonne à nos oreilles.  Génial !

Telegraphe-Chappe-Lancon-provence.jpg

Par un réseau de tours dispersées sur tout le territoire, ce système, qui paraîtra archaïque aux esprits aigris (24 prairial -Caille-lait) autorise les transmissions d'informations - souvent militaires ou politiques - en un temps réduit (Paris- Strasbourg ou Paris-Brest en 2 heures au lieu de 4 à 5 jours par la route) par des gens formés à la transmission mais ne connaissant absolument rien à la signification des signaux qu'ils transmettent seuls l'expéditeur et le destinataire connaissant le code de transmission. Ce système perdurera jusqu'à la moitié du XIXème siècle et sera remplacé par le télégraphe et le système "Morse".

Madame_de_Stael.jpg

Madame de Staël reçoit donc dans son salon littéraire un invité dont on a beaucoup parlé et qui n'est pas forcément réputé pour sa moralité. On sait445px-Barere edited-copie-1 que Bertrand Barère de Vieuzac, Conventionnel vertueux et volontiers donneur de leçon (on l'avait vu avec un ministre du défunt roi), a été largement financé par l'Angleterre de William Pitt ; ce soir il avouera que ce ne fut qu'une faute morale. Madame de Staël le questionnera sur ses relations politiques, en particulier Robespierre et Danton, qu'il aura trahis. Il n'y a pas eu d'acte prémédité mais des circonstances fâcheuses ; il fallait bien sauver la Révolution. Dans l'antichambre - on aurait pu dire Régie si le mot n'eut été banni du vocabulaire comme le mot régiment, remplacé par demi-brigade, car évoquant trop l'ère du despotisme - on entendit Baco de La Chapelle maire de Nantes- appelé aussi le roi Baco ou le Duc de Nantes - murmurer "sauver ta tête, oui".

Enfin Madame de Staël en vint aux relations que réprouvent la morale lorsqu'elles ont lieu hors mariage. Ayant sauvé de la guillotine la jeune et jolie Sophie Demailly qui tavaillait en fait pour les Anglais comme le lui avait confirmé Barras, Bertrand Barère la sauva en arrivant même à supprimer des papiers mis sous scellés. "Cela aurait été une faute de ne pas la sauver". Il ne fit pas l'étalage de ses relations intimes avec la-dite personne invoquant des circonstances. Il y a longtemps aussi qu'il ne fréquentait plus sa femme.

Madame de Staël évoqua, mais sans forcer,  le dîner avec Alexandre de Beauharnais au lendemain duquel ce dernier fut mis en arrestation et guillotiné peu après. Débarrassé du mari jaloux, sous prétexte de défaite à Mayence, Joséphine était devenue libre. Sans doute indifférente au charme du Conventionnel elle se retrouva en prison ; elle ne sauva sa tête que de justesse. Barère, peu prolixe, répondit que ce n'était que de fâcheuses coïncidences.

Ainsi se déroula l'entretien entre une sympathique chroniqueuse et l'Anacréon de la guillotine, comme il fut surnommé au XIX ème siècle.

Jamais sa sulfureuse  personnalité ne fut évoquée ; des neuf membres de la commission des Lois de 1791 il est curieux que six moururent brutalement : Brissot, Pétion, Vergniaud, Danton, Condorcet, Gensonné. Seuls survécurent Siéyès, Thomas Paine -l'américain du groupe jamais naturalisé français - et lui, Barère. Il est le créateur de La Terreur, parlant de déblayer les prisons poussant Couthon l'infirme à supprimer les interrogatoires, les plaidoiries, les témoins afin de gagner du temps.

Tout cela ne fut pour lui que "faute morale".

Il parla tellement bien qu'il aurait pu être convaincant s'il n'en avait trop fait. Malgré tout il finira par chuter et connaîtra la prison en mars 1795. Condamné à la déportation en Guyane, il s'évadera de la prison de Saintes, restera caché à Bordeaux. Il rebondira de nouveau quelque soient les régimes. Seule la Restauration l'exilera. Il reviendra dans les bagages de Louis-Philippe et rebondira encore une fois.

Barer Plaq. cimet. 3 edited

Quand on lit son épitaphe (texte tiré de ses mémoires, ce qui montre leur crédibilité !) sur sa tombe au cimetière de Tarbes, on voit qu'il a tout oublié. Même, est-ce que ce qu'il a fait a existé ?

Les décrets du 1er août et du 1er octobre, les anathèmes contre les adversaires de la Révolution, les appels au crime, à la guerre avec les états voisins, son enrichissement avec l'argent anglais. Il n'y a jamais eu de plainte contre lui car il en a supprimé les porteurs.

Il a montré à Madame de Staël ce qu'est un spécialiste de la communication pour lequel la recherche de la vérité n'est pas l'essentiel. Dans son jeu, il faut quand même un aspect négatif pour prouver son honnêté et confirmer sa confession (terme un peu excessif pour un individu qui a toujours été très loin de la religion catholique): Cet aspect: sera "faute morale".

Juillet-Aout-2011-017.jpgLe télégraphe de Chappe n'étant fonctionnel que par beau temps, les nouvelles et les réactions furent  assez lentes à arriver. Mais que ce soit dans l'antichambre ou dans les journaux les réactions furent mitigées. 

Il y a quand même une morale sans faute: Barère se fera "siphonner" toute sa fortune par les siens.

Il bénéficiera d'une gloire posthume. Un buste en bronze surplombe son caveau. Mêmes les oiseaux sont subjugués par ce beau parleur ; pas une fiente sur cette sculpture. A moins que ce ne soit par crainte ?

 Barère perdit son poste à la Convention ; quand à Madame de Staël elle continua ses entretiens et ses écrits. Mais elle fut exilée par Bonaparte qui la taxait de "redoutable intrigante".

Ainsi va la vie !

Toute ressemblance avec des faits contemporains serait fortuite.


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Chambretaud 21/09/2011 13:08


La première phrase de cette épitaphe est terrible : « J'ai dirigé pendant vingt mois la politique de la France libre contre l'Europe coalisée. » Quel aveu de sa responsabilité dans les crimes de la
Terreur ! C'est donc lui, comme il le clame, qui endosse la responsabilité de la politique du Comité de Salut public, du 7 avril 1793 (il est le premier élu du Comité), à sa chute le 27 juillet
1794 (à laquelle Barère échappe en se ralliant in extremis aux adversaires de Robespierre). Tout le reste de l'épitaphe ne parvient pas à tempérer sa culpabilité : BARÈRE AVOUE SUR LA TOMBE QU'IL A
DIRIGÉ LA POLITIQUE DE LA FRANCE PENDANT LE RÈGNE SANGLANT DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC !

La deuxième phrase est le plus éhonté des mensonges : « Pas une plainte ne s'est élevée… » Quelle surdité ! Des milliers de plaintes se sont élevées, du fond des prisons et des provinces insurgées
où périrent des foules innombrables d'innocents, hommes, femmes et enfants. Des plaintes jusque dans les rangs de la Convention qu'il a fallu constamment ramener au silence à force de purges «
céphalectomiques ».

Troisième phrase : Comment prétendre que les fonctions législatives de Barère lui ont été « assignées par le peuple » ? Rappelons que sur 7 millions d'électeurs, à peine 650.000 ont voté pour élire
les députés de la Convention. En matière de représentativité, on se saurait faire pire.

Quatrième phrase : « Je n'ai point administré les finances. » Ainsi donc, l'homme qui déclare avoir « dirigé pendant vingt mois la politique de la France » n'a pas administré ses finances ? Comment
s'étonner que la Révolution ait mené la France à la banqueroute, alors même que les Etats généraux convoqués en mai 1789 avaient précisément pour but d'assainir les comptes du royaume.

La cinquième phrase a également été évoquée pour la défense de Carrier qui assura l'approvisionnement de Nantes en pain, approvisionnement couvert par le pillage des campagnes vendéennes. Si la
lutte contre la mendicité est le seul bienfait des révolutionnaires, quel bilan !

La dernière phrase est de la même veine : la guerre, la guerre, la guerre ! Tout le bien que la Révolution aura apporté à la France et à l'Europe.