MEMORICIDE AN I

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Mémoricide est un mot qui n'existe pas dans le dictionnaire, républicain à fortiori. Néologisme créé par le télescopage des mots latins "memoria- mémoire- et -cado- tuer", il est utilisé à nouveau par l'historien Reynald Secher en titre de son dernier ouvrage consacré au génocide dont a souffert la Vendée. Cet ouvrage, de lecture agréable malgré le sujet traité, accumule les références sur la façon dont la Convention a implicitement donné les ordres par décret pour l'extermination des "Brigands de la Vendée".

Si "l'ouverture de la chasse" a été décrétée par Barère de Vieuzac le 1er août 1793, le "Permis de tuer" est délivré par la proclamation de la Convention Nationale le 2 octobre 1793, après que le décret-loi ait été voté le 1er octobre. Le Comité de Salut Public insiste le 25 octobre "apprenez lui bientôt (au Comité) que les derniers de ces abominables brigands sont enfin exterminés".

Mais la nouveauté dans le travail de Reynald Secher est la publication (entre autres documents) d'un ordre signé du Comité de Salut Public - en date du 11 novembre 1793 - adressé aux Représentants du Peuple réunis à Rennes:"Le Comité de Salut Public a arrêté un plan général, tel que les Brigands doivent disparaître en peu de temps, non seulement de la Vendée mais de toute la surface de la république".

Si les querelles au sein de la Convention et l'immensité de la tâche à réaliser freinent la dimension exterminatrice de la mission, elle sera interrompue par la rencontre de Maximilien de Robespierre -noble renégat- avec la guillotine.

La Bretagne a échappé de peu au sort de la Vendée. Mais déjà, dans toutes les régions soulevées le permis de tuer avait été compris et les forces révolutionnaires ne s'embarrassaient guère de formalités avec les révoltés.  Les exemples abondent dans les 60 départements (sur 83) soulevés.

Le  Mémoricide va alors se mettre en place, avec la complicité d'historiens au service non de leur travail de Vérité mais au service de leurs convictions idéologiques. La porte sera ouverte par Michelet Jules, tenue ouverte par un autre Jules, Ferry, et ce travail de tue-mémoire entretenu par des Vidal-Naquet, Soboul et autres Jean-Clément Martin.

Mais par d'autres aussi.

A tel point que l'on en arrivera à un travail de culpabilisation des victimes qui auront eu le malheur de ne pas vouloir "du bonheur contre leur volonté". La chance de la Vendée aura été de bénéficier très rapidement de témoins dictant ou écrivant leur souvenirs, peu après les faits.

Comme le soulignait le Président du Souvenir Chouan de Bretagne dans son allocution du dimanche 2 octobre après-midi, il faut respecter le travail de ceux qui sont parfois appelés "mémorialistes" - avec commisération - car c'est eux qui ont tracé les pistes de recherche et de découverte de la Vérité. La Bretagne, en particulier, ainsi que le Midi n'ont pas bénéficié de cet aspect médiatique ; pour la Bretagne, de plus, il faut souligner qu'elle traîne avec elle la fausse image de Chouans-Brigands, créée de toutes pièces par le gibier de potence que les autorités conventionnelles, puis le Directoire, avaient lancé sur les routes pour décrédibiliser les Vrais Chouans qui se battaient pour Dieu, leurs idées et leur pays.

Or la Bretagne est le seul territoire ayant "bénéficié" de ce traitement particulier.

Dans le cas précis de la Chouannerie, souvent encore regardée avec suspicion, ceux sur qui a soufflé  le vent de la révolte étaient aussi fiers et respectables que d'autres.

Ils ont particulièrement pâti du "Mémoricide".

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