LUNDI 14 JANVIER 1793 10 H 25

Publié le par culture

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En ce lundi 14, le Roi Louis XVI est, sans aucun doute, très éloigné de l'idée  que, dans une semaine exactement, il aura été exécuté.

Depuis le 29 septembre Louis XVI est logé au deuxième étage de cette lugubre tour, sa famille logeant à l'étage au-dessus. Depuis son passage devant la Convention, à laquelle il est incorrect d'attribuer le terme "Cour de justice", le 11 décembre, il n'a plus aucun contact avec sa famille. Grâce à un subterfuge ingénieux imaginé par Cléry, son valet de chambre, avec pour complice Madame Elisabeth soeur de Louis XVI, un astucieux jeu de ficelles permet de passer des messages par les fenêtres du 3ème et 2ème étage. Un pliage particulier du linge est aussi une façon de correspondre. Louis XVI a ainsi appris la maladie de de sa fille ; mais aucun contact avec elle ne lui a été permis. 

On ne peut pas dire que les "apôtres" des Droits de l'Homme soient des disciples en humanité !

Pendant ce temps, à la Convention, on légifère, on décrète, on discourt, on s'insulte, on se menace, en quelque sorte, on fait de la démocratie !

-Le 3 janvier, on décrète la vente des biens des émigrés au bénéfice de la Nation (forme de vol légal des biens d'autrui).

-Le 8 janvier, un décret prononce la suppression de 331 charges de perruquiers (la perruque est la marque des aristocrates) et il est décrété la suppression de 2340 offices de judiciatures et ministériels (charges de juges défendant les intérêts du peuple).

-Le 8 janvier, toujours, les acquéreurs de Biens nationaux (essentiellement les bourgeois des villes) jouiront de la faculté d'effectuer leurs paiements en douze années et douze termes. Ces acquisitions ne seront assujetties qu'à un droit d'enregistrement de 15 sous.

-Le 9 janvier un décret ordonne aux possesseurs de billets de parchemins de la Maison des Secours (organisme de crédit) de les déposer aux municipalités de districts. Les déposants devront signer de leur nom sinon, et s'ils ne savent pas signer, ce sera fait par le commissaire de section ; lesdits billets seront remboursés en assignats. Échange de valeurs monétaires contre des valeurs fiduciaires (cela correspond à l'échange de valeurs sûres contre de la monnaie de singe vue la, déjà, dévaluation de l'assignat ; à notre époque échanger des bijoux en or contre des €).

-Le 11 janvier, la Convention nationale - après avoir entendu une députation de citoyens de l'Orne, de l'Eure et d'Eure et Loire qui demandent, au nom de cent mille de leurs concitoyens qu'ils ne soient point gênés dans l'exercice de leur culte et qui protestent de vivre et mourir aussi bons catholiques que bons républicains - explique qu'elle n'a jamais eu l'intention de priver le peuple des ministres du culte catholique que la Constitution Civile du clergé lui a donnés.

Depuis le 26 décembre - confrontation de Louis XVI devant la Convention - les Girondins, qui ont enfin réalisé qu'ils avaient suspendu l'épée (tranchante)  de Damoclès au dessus de leurs cous, bataillent, plutôt mollement, pour essayer de préserver la vie du Roi...donc la leur:

Lanjuinais aux Conventionnels:"Plusieurs d'entre vous ont tramé l'invasion de son domicile (les Tuileries ) et s'en sont vantés ; vous avez presque tous ouvert vos avis et quelques uns de vous avec une férocité scandaleuse".

Pétion réclame aussi des formes équitables.

Ils sont hués, traités de conspirateurs royalistes. Guadet, futur guillotiné par ceux qu'il rejoint, les Montagnards, les soutient contre la thèse de l'inviolabilité défendue par les conseils de Louis XVI "Inviolabilité qui n'est qu'un vain mot dès qu'on admet le droit du peuple à juger les rois".

Finalement, les Girondins - pompiers incendiaires - penauds, consentirent à toutes les décisions contre le Roi, à condition qu'on fît appel au peuple.

Mais Robespierre a dénoncé "l'appel au peuple comme un appel aux Royalistes, aux honnêtes gens tous contre-révolutionnaires, à la négation de la Nation, attendu que la vertu est minoritaire sur la terre". Or, selon Rousseau et son élève Saint-Just, la révolution c'est la vertu. Donc la révolution a vocation à diriger la majorité. Barère dans son discours de 46 pages du 4 janvier a établi que l'insurrection du 10 août, le décret de suspension du Roi le 11, les pouvoirs illimités de la Convention du 23 septembre 1792 ont détruit l'inviolabilité du roi et ses pouvoirs, qu'il ne détenait pas du peuple, décidés par l'Assemblée constituante, elle-même disparue. Donc l'inviolabilité n'a jamais existé et le roi  constitutionnel non plus. Il ne reste à juger et condamner qu'un homme seulement pour ce qu'il a été.

Cette réthorique de "café du Commerce" où orateurs et auditeurs doivent être aussi "allumés", ferait sourire s'il ne s'agissait pas de l'avenir d'un homme, de sa famille, puis, ensuite, de centaines de milliers de personnes.

Nous avons, dans les diatribes de Robespierre-Barère, les actes fondateurs des valeurs de la républiques, chères à nos hommes politiques actuels.



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Chambretaud 15/01/2013 18:38

A propos des acquéreurs de biens nationaux (cités au 8 janvier), souvenons-nous que beaucoup d'entre eux profitèrent de la dépréciation constante des assignats qui servaient à payer ces biens.
Autrement dit, la vente des biens nationaux, destinée à résorber le déficit de l'Etat (situation pour laquelle les Etats généraux avaient été convoqués), a surtout servi à enrichir à bon compte les
partisans de la Révolution les plus aisés.