LA NUIT DU QUATRE AOÛT 1789 : ABOLITION DES PRIVILEGES, FIN DES LIBERTES BRETONNES

Publié le par culture

Il est toujours intéressant d'entendre, souvent dans la bouche de nos politiques actuels, la fameuse référence à l'abolition des privilèges, lequel rappel devrait être écrit "la bolission des privilleiges" tant il évoque de la part de ces individus, que l'on préfère imaginer illettrés plutôt que cyniques, une méconnaissance de leur propre condition et des évènements qui se révélèrent, dans leur majorité, à l'origine de la destruction de la société, de style certes patriarcales, avec son cortège funèbre de malheurs, assassinats, destructions, exactions.

La journée du 4 Août vit l'abolition des privilèges, de tous les privilèges, à l'initiative du Club Breton créé par les députés à la Constituante :

 Le Chapelier, avocat, Rennes

Baco de la Chapelle, procureur du roi, tiers-état, Nantes
Blin, médecin, tiers-état, Nantes

Corroler du Moustoir,  procureur du roi, tiers-état, Hennebont

Defermont des Chapelières,  procureur au parlement, tiers-état, Rennes
Expilly, recteur de Saint-Martin de Morlaix, clergé, Saint-Pol-de-Léon

 Gérard, laboureur à Montgermont, tiers-état, Rennes
Glezen, avocat au parlement, tiers-état, Rennes

Lanjuinais, avocat au parlement, tiers-état, Rennes 

Le Breton, prieur de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, 

Le Déan, commissaire des États de Bretagne, tiers-état, Quimper
Le Deist de Botidoux, écuyer, tiers-état, Ploërmel

Le Floc'h laboureur, tiers-état, Hennebont

Le Gendre, avocat en parlement, tiers-état, Brest

Le Goazre de Kervélégan, sénéchal, tiers-état, Quimper

Palasne de Champeaux, sénéchal royal, tiers-état, Saint-Brieuc
Perret de Tregadoret, avocat, tiers-état, Ploërmel

Poulain de Corbion, tiers-état, Saint-Brieuc
Prudhomme de Kérangon, à Saint-Pol-de-Léon, tiers-état, Lesneven

Symon, recteur de la Boussac, clergé, Dol.

Lors de la conclusion de la Constituante on doit à l'un deux (Michel Gérard) cette réaction:

" Ô ! la bonne constitution que la Constitution Française, elle assure la paix, la tranquillité, notre bonheur et celui de nos enfants !"

Ils vérifieront rapidement tout cela dans peu de temps. 

D'autres députés venant d'autres départements se joignirent à eux, comme Barnave.

Il faut rappeler que la Convocation des Etats Généraux est de décision royale. Le 9 juillet de cette année, comme nous l'avons déjà évoqué sur ce Blog, ces députés s'auto-proclamèrent en Assemblée Nationale Constituante, sans aucune légitimité, outrepassant les pouvoirs délégués par le peuple.

On rappellera la dispariton du droit coutumier, des droits féodaux - qui avaient en réalité disparu depuis des siècles - lesquels étaient devenus des droits seigneuriaux qui,  à part le gibier et les colombiers, le droit de chasse, le banc armorié à l'église, étaient assez limités et ne concernaient que des civilités.

Il est bon de rappeler que le droit seigneurial dit droit de cuissage est une création de Jules soutenu par l'autre Jules (Michelet et Ferry). Il est une filouterie issue du droit de Cullage qui est un droit de regard du seigneur sur le mariage d'un de ses sujets dans une autre seigneurie.

Parmi les autres abolitions, celle de la dîme, représentant le prélèvement d' 1/10ème des revenus au profit du clergé qui assure en échange la couverture sociale, soins médicaux, hospitalisation, enseignement , aide aux pauvres.

Actuellement ces prélèvements représentent près de 70% des prélèvements et plus selon les choix de chacun. L'Eglise doit se contenter des quêtes et autres cotisations volontaires. L'autre catastrophe à venir sera la nationalisation des biens du Clergé qui sera traitée ultérieurement.

Pour la Bretagne, l'Abolition des Privilèges est une catastrophe ; elle sonne la fin des libertés bretonnes assurées en particulier par l'Edit de 1532.

Est-ce que certains députés bretons auraient abusé du Chouchen?

Toujours est-il que lors de  ces fameuses journée et nuit du 4 août, sous la présidence du Rennais Le Chapelier,  parmi les Privilèges de la Noblesse et du Clergé disparaissent, sur l'autel de la Révolution, les libertés provinciales et celles du Duché de Bretagne...

Les députés bretons, innocemment ou manipulés, ont fait passer par la même trappe des droits aussi dissemblables  que le droit de colombier, la corvée, la dîme et les dispositions juridiques gérant les relations entre le Duché de Bretagne et le Royaume de France, gérant les relations entre le gouvernement de la province bretonne et ses administrés depuis le grand Traité de 1532 !

...Ce qui n'est pas la même chose.

Or, pour prononcer l'abolition de ce principe, les députés réunis à Versailles étaient incompétents, seule  aurait été légale la réunion du Parlement Breton et des délégués des Etats.

Refusant de signer le compte-rendu Le Chapelier et ses collègues essaient de minimiser leur imprudence se réfugiant derrière la réunion du Parlement et des Etats seuls compétents pour abroger le Traité de 1532.

Hélas, c'est trop tard, le réveil va leur laisser un drôle de goût ; les Etats de Bretagne ne se réuniront plus jamais, le Parlement de Bretagne est supprimé le 3 novembre 1789 : La Révolution et le 4 Août ont abattu les libertés bretonnes, ce que n'avait jamais tenté la monarchie royaliste.

Les politiciens bretons actuels ne sont pas opposés à ce que les noms de ces députés soient honorés alors qu'ils sont responsables des malheurs qui vont s'abattre sur la Bretagne ; on peut donc voir leur nom donné à des rues ou des établissements.

Le Chapelier, Expilly, Barnave moururent d'un accident de la circulation. Circulation sanguine, bien sûr, interrompue à hauteur des carotides par un objet très coupant en forme de triangle.

Le Floc'h, Poulain de Corbion eurent une rencontre avec des Chouans qui se termina mal.

La Bretagne pâtit encore de ce Quatre Août.

 

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