IL Y A 220 ANS, L'ABBE GREGOIRE, REVOLUTIONNAIRE ATYPIQUE

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ABBE GREGOIREHenri, Jean-Baptiste Grégoire, prêtre et évêque constitutionnel de Blois est élu à la Présidence de la Convention nationale le 15 novembre 1792.

Elu aux Etats Généraux de 1789 comme député de la Moselle (bailliage de Nancy à l'époque) il est alors à l'origine de la création, avec Le Chapelier, du Club breton  qui deviendra la Société des Amis de la Constitution puis le Club des Jacobins, les durs de la révolution en marche.

Le 3 septembre 1792 il est élu député du Loir et Cher. Etonnant ce prêtre, révolutionnaire atypique, qui continuera de porter la soutane bien que son port ait été interdit en août 1792, prendra la défense des congrégations religieuses «qui ont rendu de grands services à l'agriculture, aux sciences, aux arts, à l'histoire» tout en se prononçant pour la Constitution civile du Clergé à laquelle, le premier, il prêtera serment:  «Beaucoup de pasteurs très estimables, dit-il, éprouvent des anxiétés parce qu'ils craignent que la Constitution française ne soit incompatible avec les principes du catholicisme. Nous sommes aussi inviolablement attaché aux lois de la religion qu'à celles de la patrie. Revêtu du sacerdoce, nous continuerons de l'honorer par nos mœurs ; soumis à cette religion divine, nous en serons constamment le missionnaire ; nous en serions, s'il le fallait, le martyr. Mais après le plus mûr, le plus sérieux examen, nous déclarons ne rien apercevoir qui puisse blesser les vérités saintes que nous devons croire et enseigner. Jamais l'Assemblée nationale n'a voulu porter la moindre atteinte aux dogmes, à la hiérarchie, à l'autorité spirituelle du chef de l'Eglise : elle reconnaît que ces objets sont hors de son domaine. Nulle considération ne peut donc suspendre l'émission de notre serment. Nous formons les vœux les plus ardents pour que, dans toute l'étendue de l'empire, nos confrères, calmant leurs inquiétudes. s'empressent de remplir un devoir de patriotisme si propre à porter la paix dans le royaume. » 

Il demanda la mise en jugement du Roi après l'échec de Varennes et le 20 septembre 1792 il appuya fermement l'abolition de la monarchie:«L'histoire des rois est le martyrologe des nations !» Sa première initiative comme Président de la Convention est de demander la mise en jugement de Louis XVI, tout en demandant l'abolition de la peine de mort y compris pour le Roi si elle était demandée. Mais il eut un comportement équivoque dans la sentence portée contre Louis XVI.

Invité quelques temps plus tard à abjurer la prêtrise comme Gobel, évêque de Paris il fit cette réplique, en pleine Convention: « Catholique par conviction et par sentiment, dit-il, prêtre par choix, j'ai été délégué par le peuple pour être évêque ; ce n'est ni de lui, ni de vous que je tiens ma mission. On m'a tourmenté pour accepter le fardeau de l'épiscopat, on me tourmente aujourd'hui pour me forcer à une abdication qu'on ne m'arrachera jamais ; j'invoque la liberté des cultes. » Il refusera l'effacement du dimanche derrière le Décadi et demandera la libération des prêtres réfractaires emprisonnés sur les sinistres pontons de Rochefort.

Il ne semble pas qu'il ait été initié dans une Loge, ne voulant jamais renier ni sa foi ni son sacerdoce: « Après avoir été dévoré de doutes par la lecture des ouvrages prétendus philosophiques, j'ai ramené tout à l'examen et je suis catholique non parce que mes pères le furent, mais parce que la Raison aidée de la Grâce divine m'a conduit à la Révélation. »

Vraiment  un personnage étrange qui cèdera sa place, le 29 novembre au sinistre Bertrand Barère de Vieuzac, le chantre de la guillotine, l'inspirateur de la Terreur. Mais nous n'en sommes pas encore à cette période. 

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