28 MAI 1754, DE LA FELONIE DES COLONS BRITANNIQUES AU CYNISME AMERICAIN.

Publié le par culture

28 MAI 1754, DE LA FELONIE DES COLONS BRITANNIQUES AU CYNISME AMERICAIN.

Il y a 268 ans, ce 28 mai 1754, se déroulait dans la Nouvelle France (Amérique du Nord) un évènement,  maintenant bien oublié, qui allait bouleverser l'Histoire, en particulier celle de notre pays, et durablement.

Depuis le début du XVIème siècle les expéditions de découvertes du territoire Amérindien, en particulier celles du malouin Jacques Cartier à partir de 1530, ont débouché sur la création de colonies devenues rapidement une entité politique. La Nouvelle France, Vice-Royaume de France est établie en bonne entente (en général) avec les autochtones dont les Iroquois ; comme le Royaume de France le Vice-royaume se réclame du catholicisme et voit œuvrer de nombreux missionnaires proposant  la Foi catholique selon le précepte du Fils de Dieu : Allez enseigner toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Le territoire est immense et représente approximativement entre un quart et un tiers  des actuels Etats-Unis. L'activité économique concerne les fourrures et la pêche au large de Terre-Neuve, domaine maritime convoité par les Anglais (et colons anglais installés en Amérique). La Nouvelle France est séparée de l'Océan atlantique par les territoires anglais (dont les colons de 11 Etats se soulèveront contre Sa Gracieuse majesté et feront sécession en 1775). La carte ci-dessous permet de mieux comprendre la situation géographique.

28 MAI 1754, DE LA FELONIE DES COLONS BRITANNIQUES AU CYNISME AMERICAIN.

Il y a aussi une pierre d'achoppement : la religion. Ce sujet, déjà évoqué dans La Revue N° 45 de juin 2018 (à propos de La Fayette) est inséparable de la haine portée par un grand ombre de colons britanniques envers la religion catholique dont ils craignent l'influence ; en effet la majorité des colons britanniques a quitté l'Angleterre par détestation de la  religion anglicane, créée par Henri VIII lors de son excommunication par le Pape. Catholique de tradition le roi d'Angleterre créa alors une religion mêlant catholicisme et protestantisme ; il s'en érigea Chef de l'Eglise anglicane. Mais il y avait trop de cultuel catholique dans cette nouvelle religion qui rebuta certains protestants . Sous le nom de Quakers, ils se rebellèrent contre les anglicans ; la majorité s'exila chez les Amérindiens, où des Français étaient déjà présents, et créa des colonies anglaises.

Le Traité d'Utrecht, qui répartissait les territoires, n'était pour les colons britanniques qu'un chiffon de papier ; c'est  ainsi qu'ils cherchèrent à empiéter sur le territoire du Vice-Royaume de France.

En ce 28 mai 1754, le gouverneur du Fort Duquesne (construit sur les bords de l'Ohio pour préserver les terres françaises) Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur, envoie en ambassadeur Joseph Coulon de Villiers de Jumonville, 35 ans, auprès de miliciens britanniques commandés par un certain Washington (22 ans) ; ceux-ci sont en effet en train d'envahir le territoire français au mépris du Traité. La délégation française tombe dans une quasi embuscade, 10 sont tués (dont le capitaine de Jumonville en premier) et 20 capturés. La gravure en haut de cette article illustre cet acte barbare. Dans une première déclaration Washington reconnaîtra avoir tué lui-même l'officier fiançais avant de déclarer par la suite que c'est un indien nommé Tanaghrisson qui l'a tué et scalpé. Ce dernier aura la bonne idée de mourir prématurément. Dans ses mémoires un officier français, le capitaine de Clouet, écrira que c'est Washington lui-même qui le décapita d'un coup de sabre.

Une colonne punitive est montée, le 30 mai, contre les colons britanniques de Washington par Louis Coulon de Jumonville, le frère de Joseph assassiné. Les félons seront rejoints et assiégés dans Fort Necessity le 3 juillet.  Après de nombreuses pertes les britanniques accepteront de déposer les armes et de parlementer, Washington signant une déclaration reconnaissant sa défaite et s'engageant à libérer ses prisonniers du 28 mai, ce qu'il ne fera pas. 

Les escarmouches entre colons britanniques et troupes de la Nouvelle France continueront, souvent au désavantage des colons. Une alliance des Anglais avec les Prussiens à propos de la Silésie, en Europe, contre l'Autriche, alliée du Royaume de France se terminera par la déflagration de la Guerre de Sept ans qui verra la défaite de la France de Louis XV. Les Anglais attaqueront la Bretagne dans la région de Saint Malo et de Quiberon (ils dévasteront la Presqu'Île) ; ce conflit, quasi mondial, se terminera par la signature du Traité de Paris en février 1763. La France perd une grande partie de ses possessions aux Indes ainsi qu'en Amérique. La Nouvelle France disparaît quasiment. Les Acadiens seront chassés de l'Acadie par les Anglais et viendront se réfugier soit en France soit en Louisiane.

Cette humiliation sera ressentie par Louis XVI qui s'engagera dans le soutien aux colons britanniques devenus américains des Etats-Unis, pour se venger de l'affront fait à son grand-père Louis XV par les Anglais.

Cette aide coûtera chère au Trésor du Royaume de France. Le Congrès américains fit la sourde oreille aux demandes de remboursement faites par l'ambassadeur du Royaume (comme il le fera aux demandes de la Convention arguant "que l'argent a été prêté par le Roi et non par la république"). Pour trouver une solution à ces difficultés économiques Louis XVI convoquera les Etats-Généraux qui biaiseront cette réunion en se déclarant Assemblée nationale.

On connaît la suite désastreuse.

Et pour les colons britanniques défaits au Fort Necessity ? Cela deviendra pour les Américains la défaite de Jumonville.

Oui, de la félonie des colons britanniques au cynisme américain !

28 MAI 1754, DE LA FELONIE DES COLONS BRITANNIQUES AU CYNISME AMERICAIN.
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