CHATEAU D'AUX, 2 et 3 AVRIL 1794, IL Y A 225 ANS

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CHATEAU D'AUX, 2 et 3 AVRIL 1794, IL Y A 225 ANS

 

Mon père, ce héros au regard si doux.

Est-ce que les 270 personnes, qu’il escortait vers les fosses devant lesquelles elles allaient être fusillées, ont pu apprécier la douceur du regard ?

C’était dans le parc du château d’Aux, près de La Montagne, à 20 Km Ouest, S-O de Nantes au bord de la rive gauche de la Loire.

Voici ce que note dans ses mémoires Brutus Hugo:

 

« Tous les détachements qui se rendaient du château d'O (d'Aux) à Nantes par la traverse qui passe sous Bouquenay (Bouguenais), étaient ordinairement attaqués par les habitants de cette commune. Notre cavalerie ayant souffert dans l'une de ces attaques, l'officier supérieur qui commandait la colonne dont elle faisait partie, se retira ; mais au lieu de rentrer au château, il revint de nuit sur Bouquenay, y prit 270 hommes et 22 jeunes filles qu'il nous amena le lendemain. Les écuries, les granges et les greniers, furent remplis de ces malheureux. Les jeunes filles furent déposées dans une chapelle : leur âge était de quinze à vingt-quatre ans. Tel était encore à cette époque l'état de cette affreuse guerre, qu'on ne tombait entre les mains de son ennemi que pour y recevoir la mort. Muscar, commandant du poste, embarrassé de ce douloureux trophée, demanda des instructions sur la conduite à tenir dans la circonstance. On lui répondit de garder les prisonniers, et qu'on allait lui envoyer des juges pour examiner leur conduite. Mais, avant l'arrivée de ce tribunal, des ordres nous parvinrent de jeter beaucoup de petites colonnes dans la campagne, et je me trouvai presque seul dans le château, avec un grand nombre de malheureux qui ne se firent remarquer que par leur douce résignation. Je leur parlais du désir que j'avais de les voir libres, mais tranquilles et livrés à la culture de leurs terres. Je leur peignais tous les maux qu'une conduite hostile devait nécessairement attirer sur leurs cantons, et tous me promettaient de suivre mes conseils, s'ils avaient le bonheur d'échapper au malheur qui les menaçait.

Quelques détachements rentrèrent et nous amenèrent un tribunal spécial nommé à Nantes pour juger nos prisonniers. (C'était la Commission militaire révolutionnaire Bignon du nom de son président, le capitaine François Bignon, établie le 14 décembre 1793 au Mans après la bataille massacre, par les Représentants du peuple Bourbotte, L. Turreau et Prieur de la Marne.  Elle vint ensuite s’établir à Savenay après la bataille-massacre du 23 décembre (et non 28 puis 25). Elle s’installa ensuite à Nantes à l’Entrepôt des cafés ou au Bouffay ou bien à l’Eperonnière. Le 1er avril 1794 elle est au château d’Aux).

A l'opinion qui régnait parmi ses membres, nous nous attendîmes tous à ne leur voir prononcer que la peine capitale. Mes fréquents entretiens avec ces prisonniers m'avaient inspiré pour eux un intérêt que leur simplicité et leurs promesses n'avaient fait qu'accroître. J'osai, au jour du jugement, me présenter devant le tribunal, non pour les défendre, on ne me l'eût point permis, mais pour demander qu'au lieu de les condamner à la mort, on les envoyât travailler dans les mines de l'intérieur de la France, jusqu'à la pacification qui ne pouvait tarder. Le tribunal m'écouta sans m'interrompre, et son président me répondit que rien n'autorisait les juges à prendre sur eux cette mesure de clémence.

Je vis donc, après quelques courtes questions de pure forme, condamner ces 270 infortunés à la peine terrible à laquelle ils s'attendaient : on les conduisit à la mort par petites troupes ils la reçurent avec calme, à côté des fosses ouvertes pour les recevoir. J'ai beaucoup fait la guerre, j'ai parcouru de vastes champs de bataille, jamais rien ne m'a tant frappé que le massacre de ces victimes de l'opinion et du fanatisme.

A peine ces malheureux furent-ils condamnés, que le tribunal reçut ordre de retourner à Nantes. Le président pria Muscar de faire juger les jeunes filles par une commission militaire ; et cet officier, désirant les sauver, me nomma, quoique bien jeune encore, pour présider ce tribunal, certain que je ne démentirais pas les sentiments d'humanité qu'il me connaissait. Il n'osa point influencer la nomination des autres membres, mais il me pria de tout faire pour les apitoyer sur les infortunées dont le sort était remis entre nos mains.

Un vieux sous-lieutenant du 13ème de Seine-et-Oise, nommé Fleury, s'il m'en souvient bien, homme sombre et taciturne, devant opiner le premier, je craignis que sa voix n'influençât défavorablement les autres juges, et je crus, avant de la lui demander, devoir, après la rentrée des prévenues dans la chapelle, représenter au tribunal qu'il était bien pénible pour des militaires, d'être appelés à prononcer sur le sort de malheureuses victimes de la guerre ; qu'il l’était plus encore quand les jugements devaient tomber sur des jeunes filles qui ne pouvaient avoir pris aucune part aux hostilités ; sur des infortunées qui toutes versaient déjà des larmes de sang par suite des événements affreux dont nous venions d'être témoins, et dont elles ne pouvaient douter, puisque tous les feux meurtriers avaient retenti jusqu'à elles. J'engageai les juges à bien se recueillir, à ne chercher aucun modèle de conduite, et à prononcer d'après leur cœur.

Alors ce vieil officier, que je craignais tant, dit à haute voix et sans sortir de son caractère : « Je me suis fait militaire pour combattre des hommes et non pour assassiner des femmes. Je vote la mise en liberté des vingt-deux prévenues, et leur renvoi immédiat chez elles ». Cette opinion, qui m'aurait précipité dans les bras du brave homme si j'avais osé le faire, fut appuyée de suite par un lieutenant de la légion nantaise qui le suivait, et bientôt une heureuse unanimité ouvrit les portes de la chapelle à ces enfants tous à genoux ; à ce jeune troupeau qui aujourd’hui peut-être entretient encore de ses terreurs et de sa joie inespérée la nombreuse postérité qui doit en être issue.

Muscar vint alors remercier le tribunal de sa généreuse conduite, et nous exprimer ses regrets que les 270 prisonniers qui venaient de périr n'eussent pas été soumis à un arrêt aussi doux que le nôtre. Cependant, qui le croirait, des hommes prévenus ou mal informés ont fait planer sur ce brave officier l'accusation d'avoir lui-même nommé le tribunal à qui Bouquenay doit sa dépopulation ».

 

CHATEAU D'AUX, 2 et 3 AVRIL 1794, IL Y A 225 ANS

La liste comporte 210 noms ; un enfant de 13 ans a été exclu ; il y a donc 209 exécutions. Ce qui représente 7,5 % de la population de Bouguenais (2790 habitants en 1793) ; sur ce nombre 5 personnes « capturées » à Bouguenais sont natives de villages voisins donc 7,3% de Bouguenaisiens. Le héros au sourire si doux parle de 270.

Les exécutions se sont déroulées sur deux jours : 152 adolescents et adultes âgés de 15 à 78 ans, 151 fusillés et 1 renvoyé (13 ans) ; le 3 avril :  57 de 17 à 72 ans.

Le « tribunal » est composé de : Bignon, président, Wolff, Chanterelle, Aude juges, David Vaugeois accusateur militaire, Le Camus greffier.

Lors de l’exhumation, le 14 mai 1816, à la demande des familles, les six fosses sont ouvertes ; le Journal de Nantes parle de 400 victimes. A la ré-inhumation dans le cimetière de Bouguenais, après la messe de Requiem célébrée dans l’église paroissiale, les restes des victimes sont inhumés dans une fosse que surmonte depuis cette date un monument bien visible avec une plaque d’ardoise portant ce texte :

 « Aux victimes de la Religion et de la Royauté immollées (sic) en avril 1794 »

« Qui donnera de l’eau à ma tête et à mes yeux une fontaine de larmes pour pleurer jour et nuit les enfans de la fille de mon peuple qui ont été tués. Jérémie Chap. IX »

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