5 FÉVRIER 1794 A GESTE dans le Maine et Loire...

Publié le par culture

Obligé à une formidable déroute le 1er février par Nicolas Stofflet lors de son attaque sur Gesté qu'il a incendié en partie et dont il a assassiné un grand nombre d'habitants (femmes, enfants, anciens, les hommes en âge de se battre étant absents ou déjà tués) Cordellier est revenu achever son ouvrage. Il tue, massacre les rares rescapés et finit de brûler le bourg dont l'église du XVème siècle. Ces deux attaques contre une population paisible ont fait aux alentours de 300 victimes en dehors des massacrés au château du Plessis.

Les ruines de l'église seront "replâtrées" afin de fournir un lieu de culte assez décent. Le temps passe et la population s'accroît en grande proportion. Ce qui a été restauré après le passage du général Cordellier-Delanoue s'avère insuffisant pour accueillir une multitude venant prier pour ses victimes et, éventuellement, ses bourreaux.

Signalons au passage que Cordellier fait partie des personnalités de son village natal de Faremoutiers en Seine et Marne. Il a des centaines de victimes à son compte. On a les héros que l'on peut !

Donc, dans les bourgs qui furent ravagés par les colonnes républicaines, se lèvent de valeureux habitants qui se décident à reconstruire leurs églises et chapelles ; la foi, par les épreuves mortifères et le sang des martyrs, étant devenue encore plus forte et les pratiquants plus nombreux, un programme de reconstruction, ou d'agrandissement des édifices existants, se développe partout en France mais surtout dans l'Ouest. La tâche est énorme et va créer une saine émulation entre architectes qui ont bien saisi  que les fidèles veulent des églises élancées, lumineuses sans éclairage, en un mot : belles ; mais aussi pour jeter comme un défi à la face des révolutionnaires et assimilés : non vous n'avez pas détruit en nous, malgré toute la sauvagerie, notre foi en Dieu et notre église sera visible de loin pour le rappeler.

Monsieur Alfred Tessier, architecte diocésain dans le Maine et Loire, est né le vendredi 10 août 1827 à La Suze dans la Sarthe. Après des études en architecture il est nommé auprès de l'abbé Tournesac inspecteur pour la Sarthe de la Société Française pour la conservation des Monuments. L'abbé Tournesac, nommé chanoine de la cathédrale et déchargé du ministère actif pour pouvoir mieux se consacrer à sa tâche, a à son actif la construction de plusieurs chapelles et l'église de Sainte Croix au Mans. Il est féru d'art ogival XIIIème siècle et va communiquer cette passion à son élève. Alfred Tessier sera donc à bonne école et lui même sera nommé en 1851 Inspecteur des édifices du diocèse du Mans.

En 1855, à une date imprécise, il vient avec sa femme et ses trois enfants s'installer à Beaupreau. A partir de cette date il va être chargé de la construction, reconstruction ou rénovation de 150 bâtiments : églises, chapelles, presbytères.

C'est ainsi qu'il est appelé à Gesté, il a 35 ans, pour présenter un projet permettant d'agrandir l'église qui, reconstruite en 1844 à la place de l'ancienne ruinée partiellement par Cordellier, s'avère trop petite. L'architecte en a été Ferdinand Lachèse qui a fait du néo-roman ; Alfred Tessier va construire en néo-gothique. Il aime l'architecture du XIIIème, le style ogival, élancé vers le ciel telles des mains jointes en prière. Comme déjà signalé dans un article précédent sur ce sujet, mais il est bon des fois de répéter comme disait Socrate :"Bis repetita placent" : l'architecte va utiliser pour sa copie du médiéval les techniques modernes du XIXème. Charpente en grande partie métallique apportant solidité, élasticité et moindre poids par rapport au bois, brique creuse pour les voûtes donnant moins de poussée sur les murs, donc des contreforts très fins, permettant des baies vitrées et rosaces rendant l'édifice très lumineux.Il y a surtout ce sublime sanctuaire soutenu par sept piliers de Granit rose, les Sept piliers de la sagesse ; tout est tourné vers Dieu. Un architecte qui, lui, avait une formation théologique. Ce qui semble normal pour un constructeur d'église !

La démolition de 2013 a montré l'excellence du travail d'Alfred Tessier tant sur le plan de l'homogénéité de la construction que pour sa résistance aux assauts d'une machine d'une puissance de plusieurs dizaines de tonnes. En effet, au mépris des interdictions faites par le Conseil d'Etat, par le Tribunal administratif de Nantes, par la DRAC ("l'église présente un intérêt architectural en particulier par sa remarquable reconstruction néogothique") le maire de l'époque, Léger, va décider son Conseil municipal de réaliser la destruction du dernier édifice ancien de la commune que la population de la commune avait payé, en 1862, de son argent (60 mille Francs Or sur les 80 mille de la construction). Un maire fonctionnaire de l'Etat va détruire un édifice payé par des particuliers. 219 ans plus tard le travail de Cordellier est achevé !

Le nouveau bâtiment a été inauguré le 23 décembre 2017 ; on aperçoit l'évêque d'Angers derrière le maire qui coupe le ruban tricolore comme pour une vulgaire inauguration d'un local municipal. Le bâtiment n'a pas été consacré, comme doit l'être une église ; pour preuve l'absence des douze croix de consécration sur les murs de la rotonde. On aurait pu penser que le Christ en croix évacué de chez lui par un tracto-pelle en 2013 aurait retrouvé sa place, sur le mur nu derrière l'autel. Non. Peut-être est-ce pour permettre des projections comme la présence d'un vidéo-projecteur le laisse penser ?

Quelques photos: AVANT & APRES.

 

5 FÉVRIER 1794 A GESTE dans le Maine et Loire...5 FÉVRIER 1794 A GESTE dans le Maine et Loire...
5 FÉVRIER 1794 A GESTE dans le Maine et Loire...
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Une interrogation quant au respect canonique de la construction de l'autel qui doit, normalement évoquer une table (pour la Cène eucharistique du Jeudi Saint) et un tombeau pour l'inhumation de Jésus-Christ. Car on oublie quand même que la messe n'est pas une petite réunion sympa entre potes (comme dit la Ière adjointe au maire délégué de Gesté, après et à propos de la messe d'inauguration) :  "Un moment convivial" alors qu'il s'agit quand même du saint Sacrifice de la messe !

Or cet autel évoque plutôt un bureau, qui peut être déplacé n'étant pas fixé. A-t-on des idées sur une autre utilisation de ce lieu de culte ? Le tabernacle incrusté dans le mur étant dissimulable facilement. Et la disposition de la salle fait davantage penser au spectacle qu'à la messe.

5 FÉVRIER 1794 A GESTE dans le Maine et Loire...5 FÉVRIER 1794 A GESTE dans le Maine et Loire...

LA PIERRE QU'AVAIT REJETÉE LES DESTRUCTEURS...Pierre d'autel retrouvée dans les gravats le dimanche 25 août 2013 et sauvée a été encastrée dans le maître autel.

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Il y avait un beau chemin de croix, en plâtre certes, de faible valeur marchande bien sûr, mais de haute valeur visuelle maintenant il y a des œuvres de fonderie

5 FÉVRIER 1794 A GESTE dans le Maine et Loire...

Monsieur Alfred Tessier est décédé en 1903 à Beaupreau âgé de 76 ans. Il reste de ses œuvres, en particulier l'église magnifique de Sainte Gemmes d'Andigné (sur le territoire du Général Chouan Scépeaux), sauvée in extremis grâce à l'intervention d'une association de défense.

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