Jean-Pierre Calloc’h, Yann-Ber Calloc'h: Poésie, Bretagne, Foi

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Jean-Pierre Calloc’h, Yann-Ber Calloc'h:                 Poésie, Bretagne, Foi

Hier, jeudi 25 février, le Cercle Jean-Pierre Calloc’h, à l’initiative de son Président Benoît Courtin, organisait une réunion au Centre Montcalm, à Vannes, pour entendre une conférence donnée par Korentin DENIS historien, spécialiste des traditions et de la culture bretonne. Elle était consacrée au grand poète catholique natif de l’île de Groix.

Jean-Pierre Calloc’h (prononcer Callorrr), dit Bleimor (loup de mer), né le 21 juillet 1888 à Groix et tombé au champ d'honneur le 10 avril 1917 à Urvillers dans l’Aisne à l’âge de 28 ans atteint à la tête par les éclats d’un obus tombant à proximité. Yann-Ber est un poète breton, auteur de 37 textes répartis en diverses publications : articles de journaux, livres ou poésies. Mais il est plus qu’un poète : un repère.

Korentin Denis qui avait préparé sa conférence à partir de documents souvent méconnus nous a fait revivre cette rare figure de Chouan, peut-être pas ignoré mais insuffisamment connu, du début du XXème siècle. Pour ceux qui ont fait les traversées maritimes entre Lorient et Groix ou entre Quiberon et Belle-Isle, il évoque surtout un bateau qui assurait la navette entre le Continent et ces deux îles.

Jean-Pierre Calloc’h a été aussi un militant courageux, pour la cause bretonne mais aussi pour défendre la foi chrétienne, menacée au-début du siècle par une politique de laïcisme agressif menée par « l’anti-calotin » (terme primaire qui lui va bien) Emile Combes - pourtant ancien séminariste - héritier des persécuteurs révolutionnaires de 1792-1796.

Cette conférence a été suivie par un public enthousiaste de plus de 60 personnes.

La soirée, avant le cocktail se termina par l’Hymne « Da Feiz hon Tadou Koz » (à la foi de nos ancêtres qui est également l’hymne du Souvenir Chouan de Bretagne) bien chanté par l ‘assemblée pour laquelle le Président avait imprimé les textes.

Jean-Pierre Calloc’h a écrit un poème intitulé Me zo ganet e kreiz ar mor (Je suis né, moi, au milieu de l’océan) mis en musique par Jef Le Penven interprété ici par Gilles Servat et Frank Kemener.

Superbe hommage au poète breton, catholique convaincu et inébranlable malgré des passages difficiles dans sa vie. Merci au Cercle Jean-Pierre Calloc'h de nous avoir remémoré ce personnage illustre qui n' a pas hésité à écrire sur une de ses pages : "Vive la Bretagne, Vivent les Chouans!"

 

En pleine mer où je suis né
Trois lieues au large.
J'ai ma fruste et blanche maison
L'alentour est couvert d'ajonc
Sur le seuil pousse le genet
En pleine mer où je suis né,
Un fils d'Armor.

Mon père, comme ses aïeux,
Etait marin;
Une vie sans gloire et obscure
-La gloire, un pauvre n'en a cure-
Nuit et jour sur l'océan bleu
Père fut comme ses aïeux
Traîne-filets.

Ma mère travaille elle aussi
-Malgré son âge-
D'elle, à la sueur de nos fronts
J'ai appris, tout petit garçon,
A glaner et tirer les fruits.
Ma mère travaille elle aussi
Pour se nourrir.

O, jours bénis de mon enfance
Où sans entrave
De ma mère dans les sillons
De mon père près du poisson
Je goûtais la chère présence,
O, jours bénis de mon enfance,
Pleins de douceur!

Nous étions six, Sainte Marie,
Assis à table:
Tous nous étions sains et heureux.
Te portant respect, comme à Dieu.
La table a changé, aujourd'hui.
Nous étions six, Sainte Marie.
Nous sommes trois...

A la porte a frappé la mort
Elle est entrée;
Notre bonheur dans un cercueil
Partit dormir au champ du deuil...
0ù un barde chantait encor
A la porte a frappé la mort...
Assez de pleurs!

Assez de pleurs! Ils étaient vains
Alors, déjà:
Et je voudrais faire une place
Au chagrin autour de mon âtre?
Il faut être fort pour demain.
Assez pleuré! Ces pleurs sont vains:
Du temps perdu!

Les pleurs d'immense désespoir
Que j'ai versés
Au cours des épreuves amères
Qu'ils soient bénis, bien au contraire:
Car sans eux je ne pourrais voir!
Ces pleurs d'immense désespoir.
C'était avant!...

Et maintenant que vous dirai-je?
Vous savez tout!
Mon bonheur terrestre effacé.
Le séminaire, puis l'armée,
J'ai marché sous Votre soleil
Et maintenant que vous dirai-je,
A Vous, mon Dieu?

Que Vous dirai-je, Dieu sévère,
Mer de bonté?
Qu'il est aigre le lait du pauvre;
Que sans rosée sèche la rose;
Que sa folie salit la terre.
Que dire d'autre, Dieu sévère?
Que je suis las!

Je viens vers Vous prendre serein.
A votre autel
Je veux réciter mon pater.
Je verrai, si mon Dieu m'éclaire.
Parlez, Votre douceur m'étreint.
Je suis venu prendre serein
M'agenouiller...

Jean Pierre Calloc'h
Traduit par Christian Souchon (c) 2007