8 JANVIER 1796 : PROPAGANDE MUSICALE du Directoire

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Décret du 18 Nivôse An IV ( 8 janvier 1796)

Le Directoire exécutif arrête :

Tous les directeurs, entrepreneurs et propriétaires des spectacles de Paris sont tenus, sous leur responsabilité individuelle, de faire jouer chaque jour, par leur orchestre, avant le lever de la toile, les airs chéris des républicains, tels que la Marseillaise, ça ira, Veillons au salut de l’empire et le Chant du départ.

Dans l’intervalle des deux pièces on chantera toujours l’hymne des Marseillais ou quelque autre chanson patriotique.

Le Théâtre des Arts donnera, chaque jour de spectacle, une représentation de L’offrande à la liberté, avec ses chœurs et accompagnements, ou quelque autre pièce républicaine.

Il est expressément défendu de chanter, laisser ou faire chanter l’air homicide* Le Réveil du Peuple.

Le Ministre de la Police mandera, dans le jour, tous les directeurs, entrepreneurs et propriétaires de chacun des spectacles de Paris ; il leur fera lecture du présent arrêté, leur intimera, chacun à leur égard, les ordres qui y sont contenus : il surveillera l’exécution, pleine et entière, de toutes ses dispositions et en rendra compte au Directoire.

* Note SCB : à priori les initiateurs de cette décision, il y a 220 ans, ne connaissent pas les paroles de La Marseillaise !

Mais qu'est-ce donc que ce chant "homicide" ?

Le Réveil du Peuple est une sorte de contre-marseillaise créée en janvier 1795 par Jean-Marie Souriguère (ou Souriguières) et mise en musique par Pierre Gaveaux. Nous sommes en pleine réaction thermidorienne et le "Peuple" est lassé de retrouver comme dirigeants ceux qui furent de l'engeance terroriste un à deux ans auparavant. Ce chant, qui connu rapidement un vif succès, est entendu dans la rue, les bistrots, les théâtres. Ses paroles valent, à juste titre, celles de la marseillaise, quant à la musique elle est aussi guerrière et cela "agace" les nouveaux anciens politiques. Ce chant se retrouvent sur les lèvres des Royalistes comme sur celles des républicains anti-jacobins :

                                                                                 I

Peuple  Français, Peuple de frères                                       Peux-tu voir sans frémir d'horreur

Le crime arborer les bannières                                             Du carnage et de la terreur ?

Tu souffres qu'une horde atroce                                           Et d'assassins et de brigands,

Souille par son souffle féroce                                                Le territoire des vivants.

                                                                      II

Quelle est cette lenteur barbare ?                                         Hâte-toi, peuple souverain,

De rendre aux monstres du Ténare                                      Tous ces buveurs de sang humain !

Guerre à tous les agents du crime!                                       P oursuivons les jusqu'au trépas ;

Partage l'horreur qui m'anime !                                            Ils ne nous échapperont pas.

                                                                              III

Ah ! qu'ils périssent ces infâmes,                                         Et ces égorgeurs dévorants,

Qui portent au fond de leurs âmes                                      Le crime et l'amour des tyrans !

Mânes plaintifs de l'innocence,                                           Apaisez-vous dans vos tombeaux

Le jour tardif de la veangeance                                           Fait enfin pâlir vos bourreaux

                                                                    IV

Voyez déjà comme ils frémissent ;                                     Ils n'osent fuir, les scélérats !

Les traces de sang qu'ils vomissent                                   Décèleraient bientôt leurs pas. 

Oui, nous jurons sur votre tombe,                                     Par notre pays malheureux,

De ne faire qu'une hécatombe                                            De ces cannibales affreux.

                                                                       V

Représentants d'un peuple juste,                                      O vous ! législateurs humains !

De qui la contenance auguste                                             Fait trembler nos vils assassins,

Suivez le cours de votre gloire ;                                          Vos noms, chers à l'humanité,

Volent au temple de mémoire,                                            Au sein de l'immortalité.

                                                                     VI

Cité jadis si florissante,                                                        Antique et superbe Lyon,

En vain une horde sanglante                                              A juré ta destruction.

La justice enfin te seconde;                                                 Redeviens sous ses étendards 

La première ville du monde                                                Pour le commerce et pour les arts.

 

Lyon bénéficie d'un couplet à elle-seule pour avoir  risqué un sort funeste en raison de son soulèvement contre la Convention qui décréta cette ville d'accusation le 12 juillet 1793 ; attaquée par Kellerman, trahie par un des siens, Lyon sera investie et soumise aux diktats du vainqueur. Des centaines d'immeubles seront détruits, près de deux mille personnes exécutées soit par la guillotine, soit par les canonnades à mitraille (plus économiques !) ; dans cette répression sauvage se distinguent Fouché, Collot d'Herbois et Couthon.