BROUAGE 1795 : TOUSSAINT et JOUR DES MORTS...

Publié le par culture

Après l'évacuation des pontons de Rochefort, la délivrance vint lentement et ne vint pas pour tous. C'est grâce à des libérations presque individuelles qu'un certain nombre, à partir de février jusqu'en avril 1795, fut acheminé sur Saintes, la bonne ville qui leur fut hospitalière et vraiment maternelle ; et puis certains obtinrent peu à peu d'être rapatriés en leur pays. Mais ils en laissaient derrière eux cent-cinquante qui furent, pendant de longs mois, emprisonnés, oubliés à Brouage.

Soit que certains fussent plus compromis que leurs confrères, soit que les listes eussent été faites avec précipitation, il en restait, après l'appel des libérés et les ravages des épidémies, encore cent quarante-sept, presque tous appartenant aux diocèses du Midi et venus par les prisons  de Bordeaux (Fort du Hâ, hôpital Saint André, forteresse de Blaye, Fort Pâté) envoyés à Brouage, la ville de Richelieu, à moitié en ruine.

Comme ils étaient pour la plupart rongés du scorbut et qu'on craignait la contagion, sauf sept moribonds qu'on porta à l'hôpital de la marine à Rochefort, on poussa le lamentable troupeau vers la vieille citadelle abandonnée où il n'y avait rien de prêt pour les recevoir, ni médecins, ni remèdes, ni lits, ni paille, pas de réserves de nourriture, Rien ! On les enferma dans l'ancien couvent des Récollets et dans l'église paroissiale. Six mois après on en était encore à demander pour eux un officier de santé, des matelas et des couvertures l

Et les lettres du juge de paix de Marennes, celles de deux officiers de santé de passage à Brouage, les montrent « presque nus, couchant dans des locaux immondes, souvent sur des planches, n'ayant pas seulement paille (et l'on est en novembre), atteints de fièvres tenaces, ou de dysenterie violente. Ces derniers jours, huit ont succombé et dans ce moment le nombre de ceux qui se portent passablement suffit à peine pour porter les défunts en terre.

(Une partie de ce texte est inspiré ou repris des ouvrages de Gabriel Audiat plus connu sous son nom d'écrivain, Gabriel Auray, Agrégé de Lettres, licencié en Droit, Professeur de Rhétorique).

En ce jour de la Fête de tous les Saints ont rendu leur âme à Dieu:

-Abbé Jean-Baptiste Dur, curé de Roussy dans le diocèse de Rodez, décédé en cette fête de Toussaint à l'âge de 51 ans.

- Père Antoine Régis Rey, Cordelier du monastère de Rodez, à l'âge de 54 ans. Il s'est éteint, sans plainte, sans haine contre ses geôliers.

En ce jour de la fête des morts:

-Père Antoine Brast, Capucin de Villefranche dans le diocèse de Rodez. Il était âgé de 45 ans. Il a mené, comme ses confrères prêtres ou religieux, une humble vie au service des autres. Il est mort dans des conditions épouvantables de maladie et d'humiliations de la part de ses geôliers. Comme ses frères persécutés il est parti vers Dieu sans haine pour ceux qui l'avaient traité plus bas que l'on traiterait un chien.

A quand une reconnaissnce de ces crimes abjects par la république ? Car quels crimes ont commis ces persécutés ? Etre restés fidèles à leur sacerdoce, être restés fidèles en obéissance au Pape, avoir refusé le viol de leur état de prêtres et religieux par un pouvoir politique incompétent dans les affaires religieuses et hérétique par ses positions. Ils n'ont pas tué, ils n'ont pas volé ils ont subi !