COËTLOGON, SAMEDI 18 JUILLET 1795, MORTEL GUET-APENS...

Publié le par culture

Entre Elven et Plumelec, le 14 juillet, un messager a remis au Chevalier Vincent-Alphonse de Tinténiac une missive du Comité Royaliste de Paris lui enjoignant de rejoindre Coëtlogon où de nouvelles directives lui seront communiquées sur la marche à suivre dans leur équipée.

Curieux commandement à une armée composée de Chouans et d'un bataillon de Royal Louis qui a quitté, le 10 juillet,  Port Haliguen à destination de Sarzeau afin de lancer une offensive sur les arrières de l'armée de Hoche qui est en train de "boucler" la presqu'île de Quiberon afin de fermer la nasse dans laquelle sont pris les Emigrés. Le Comité Royaliste de Paris, sous les ordres du Comte de Provence, futur Louis XVIII, subventionné par William Pitt Premier ministre anglais, n'a pas accepté cette opération voulue par le Comte d'Artois, frère de Provence, futur Charles X, soutenu par Windham ministre anglais de la Guerre.

Cet ordre imbécile d'aller à Coëtlogon chercher des ordres, alors qu'il était entendu d'attaquer le 16 les troupes républicaines au nombre de 23.000 hommes massées à Plouharnel, Vincent de Tinténiac y obéit en militaire qu'il est, d'autant que Antoine d'Amphernet de Pontbellanger l'encourage à suivre cet ordre. Ce dernier sait qu'il retrouvera ainsi sa femme, Louise du Bot du Grégo, qu'il n'a pas revue depuis des mois - alors qu'elle a demandé et obtenu le divorce afin de préserver son patrimoine - car il sait qu'elle est présente dans cette maison de Coëtlogon avec les dames de Guernissac qui doivent accueillir l'armée rouge (du nom de la couleur des uniformes portés par les Chouans, uniformes appelés anglais à cause de leur couleur alors que cette couleur d'uniforme est celle des français des régiments D'Hector ou du Desnay). Mais, comme déjà évoqué, il faut se souvenir que la charmante Louises est la maîtresse de Louis Lazare Hoche !

Arrivés à destination les nobles, dont Vincent de Tinténiac et d'Amphernet, sont reçus au château qui, alors qu'il avait été vidé de tout son contenu de meubles et autres accessoires, se trouve, comme par enchantement, apte à réaliser une réception. Etrange comme le souligne notre hôte de ce matin, Monsieur François de Carné.

Les Chouans, sous les ordre de Georges Cadoudal assisté de son frère Julien, de Pierre Mercier La Vendée et de Jean Rohu (qui nous laisse son témoignage) établissent un bivouac dans les bois et les allées du château, en particulier celle qui mène à Plémet.

A la nuit tombée, en ce samedi 18 juillet 1795, l'alerte est donnée par les Chouans: "Les Bleus" ! Lesquels sont surpris d'être découverts. Ils sont au nombre de deux cents. Au cri d'alerte, Tinténiac prend son fusil, saute par la fenêtre du rez de chaussée où se déroulaient les agapes, les dames vont se réfugier à l'étage du château. Vincent court, rattrape les Chouans et, suivi de Julien Cadoudal, se lance dans la chasse aux Bleus. Un fait volte-face, tire, et abat d'une balle en plein coeur le chevalier qui, tué sur le coup s'effondre dans les bras de Julien qui le suivait. Vincent de Tinténiac avait 31 ans. Julien pleure à chaudes larmes. Nous sommes dans un monde de rudes combattants et non de sensibles et délicates personnes. Ces pleurs trahissent une profonde affection pour celui qui, ancien compagnon de Armand Tuffin, marquis de La Rouërie, avait su rallier les plus fidèles à sa cause et avait créé des liens d'amitié. Depuis longtemps Tinténiac menait, au service d'Artois, pour la cause de la Royauté et des Chouans, de nombreuses et dangereuses missions de messager entre la Bretagne, Jersey, l'Angleterre et même avec Charette en Vendée.

Au bout de cette longue allée, modifiée par les remembrements, la croix marque son souvenir ; son corps repose dans un champ, qui, en cette période, est couvert de blé, de maïs il y a dix ans. Cette croix était sur le lieu de son inhumation; elle a été transportée, en ce coin de carrefour, entre 1965 et 1966.

Ce matin, nous avons salué sa mémoire et son combat, mené dans un désintéressement total pour son engagement, Dieu et le Roi. Il a eu une trajectoire fugitive dans l'histoire des Révoltés mais il a vécu son combat intensément, sans esprit de lucre.

Nous avons été reçu par Monsieur et Madame François de Carné qui nous a fait un bel exposé et montré les rares souvenirs du château de Coëtlogon, dont l'édifice actuel n'a plus rien à voir avec la construction de l'époque qui, quelques temps après l'épisode du 18 juillet 1795, fut dépouillée des rares biens restant, incendiée et, des années plus tard, démolie; enfin reconstruite au XIXème XXème dans un style totalement différent.

Nous remercions Monsieur et Madame de Carné pour leur chaleureux accueil, leur gentillesse et l'attention que nous ont portée leurs enfants et petits-enfants. Comme disait Charette :"Rien n'est jamais perdu".

Nous remercions aussi Madame le Maire de Coëtlogon qui, à la demande de Monsieur de Carné, a fait nettoyer le monument souvenir du Chevalier.

Le reportage de cette superbe journée, avec ses nombreuses visites (la très belle église de La Trinité Porhoët, le château de Loyat, l'étonnante église de Saint Léry) sera dans La Revue de Décembre du Souvenir Chouan de Bretagne.

Et encore merci aux nombreux participants à cette journée.

Commenter cet article