1er AVRIL 1795, 12 THERMIDOR AN III, IL Y A 220 ANS...

Publié le par culture

C'est un 1er avril, mais ce n'est pas un Poisson d'avril bien que...

La chute de la valeur de l'assignat jetait le peuple dans une misère qui faisait contraste avec le luxe étalé par les thermidoriens. Les faubourgs se rebellaient contre les amis de Fréron, le conventionnel assassin de Toulon et autres lieux. Finaud il avait racolé, lui l’ancien Jacobin, les antijacobins, les Muscadins, faussement appelés royalistes, qu’à notre époque nous appellerions des « Bobos »

Tous ces gens étaient proches d’individus comme Collot d’Herbois qui, à l'époque où la dépopulation était à l’ordre du jour, recommandait pour le salut du corps social « une transpiration qui ne devrait s'arrêter qu'après la destruction de 10 à 15 millions d'habitants ».

On ne respectait même plus Marat. Son cadavre avait été expulsé du Panthéon deux mois plus tôt, ses bustes avaient été détruits et jetés dans le caniveau.

Le peuple, le vrai peuple, pas celui des Tuileries de juin et août 1792, mourant de faim à cause de l’impéritie du pouvoir conventionnel incapable d’assurer la nourriture la plus élémentaire, le pain, se révolta et envahit la Convention. L'émeute faillit triompher ; le salut des inculpés meneurs disparut devant la défense dirigée par Pichegru.

Dans la hâte la Convention légifère car elle a le peuple, qui n’est pas son peuple, aux portes de sa salle, aux Tuileries :

-Décret contenant des mesures pour protéger l'arrivage des grains destinés à l'approvisionnement de Paris.

-Proclamation de la Convention aux citoyens de Paris sur l'arrivage des grains en cette ville.

-Décret relatif à un attentat contre la liberté des délibérations de la représentation nationale.

-Décret qui nomme provisoirement le général Pichegru général en chef de la garde nationale de Paris.

-Décret qui charge le général Pichegru de s'assurer de l'arsenal, du Temple, de la trésorerie de tous les établissements publics

Contre les meneurs, ou supposés meneur (n’oublions pas qu’après la chute de l’Incorruptible les voyous de la Convention cherchent à se refaire un habit plus blanc que blanc alors qu’il est très rouge), la Convention renonça au jugement devant le Tribunal révolutionnaire et jugea les inculpés elle-même et les condamna à la déportation. Cette façon d’agir permit une opération « main propre » sans débats sur la place publique, en famille.

Sur la proposition de Fréron, la déportation fut substituée à la peine de mort en matière politique : « Billaud-Varennes, Collot d’Herbois, Barère, Vadier ont été condamnés à la déportation ; par ce seul fait que  la peine de mort est abolie pour tous les crimes révolutionnaires. Sur quels coupables en effet pourrait-on appeler le glaive, lorsque les plus grands criminels ont échappé à ses coups ? »

(Il faut admirer cette rhétorique unique ! On déporte les Grands coupables donc on ne peut pas exécuter les sous-fifres !) Mais, car il y a un mais...Voir plus bas

-Décret qui ordonne la déportation de 12 représentants du peuple

-Décret qui ordonne l'impression et l'envoi aux départements et aux armées de la déclaration tendant à invoquer l'appel nominal sur le décret qui porte que les représentants Collot d’Herbois, Vadier, Bertrand Barère, Billaud-Varennes et autres seront déportés.

-Décret qui ordonne l'arrestation des représentants Choudieu, Chasles, Huguet, Léonard Bourdon, Buchamps, Amar, Duhem.

Fréron fait voter ce texte :

Article 1er : la peine de mort est abolie pour tous les crimes révolutionnaires, excepté pour les crimes d’émigration, d'intelligence criminelle prouvée avec l'étranger, la fabrication de faux assignats, trahison militaire et provocation à la royauté.La déportation y est substituée.

Le tribunal révolutionnaire, aussitôt que le procès qui s'instruit contre Fouquier-Tinville sera terminé ne connaîtra plus que les délits portés en article premier.

 

Elle est pas belle la Justice selon la Convention, une des Valeurs fondatrices de la république ?

Nous n’avons aucune sympathie pour Fouquier de Tinville, bien évidemment, mais il est bon de souligner que pour mieux le juger et mieux blanchir son donneur d’ordre, la Convention, le Tribunal révolutionnaire va utiliser un Code qui, de fait, était devenu obsolète.

Et ce n’est pas un « Poisson d’avril » !

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