PéAULE: UN DANGEREUX FANATIQUE MIS HORS CIRCUIT: Abbé Joseph Ryo

Publié le par culture

Né au bourg de Péaule (Morbihan) le 29 juin 1754, de Jean-Ryo, maréchal-ferrant et de Françoise Maguéro, Joseph Ryo est baptisé le jour même par l’abbé Julien Ryo, curé. Milieu d’une certaine éducation, en ces temps d’obscurantisme, tous ont déclaré savoir signer sauf la marraine.

Il fait ses études au Grand séminaire du Méné, à Vannes, et ordonné prêtre le 19 septembre 1778, à 24 ans, par l'imposition des mains de Monseigneur Amelot en la chapelle du Méné.

Il revient à Péaule où trois bénéfices l’attendent : dans le bourg, à Kertreton et  à Kerbert en Marzan. (On appelle "bénéfice ", un bien possédé par un particulier, donné au prêtre de la même paroisse et transmis à un autre prêtre de la même paroisse à la mort du précédent).

Il reste 16 ans dans "sa paroisse "  quand le malheureux 24 octobre 1794, vers les trois heures de l’après- midi, il est arrêté par des dragons du 16ème régiment qui traversaient la campagne de Péaule, accompagnant un contrôleur des réquisitions. Pour ces gens là, l’époque n’était pas sûre !

Ces dragons aperçoivent à courte distance, un homme qui s'enfuit à leur vue. Effrayé, ils le saisissent et lui demandent son passeport ; l'inconnu répond en tirant de ses poches des papiers qu'il déchire. Ils lui demandent ses nom, profession, demeure ; il répond  qu'il n'a ni nom, ni profession, ni demeure, que son métier journalier était de courir dans les campagnes chez l'un et chez l'autre, tant du jour que de nuit ; que si on lui laissait la liberté, il récompenserait généreusement, mais que s'il venait à perdre la vie, il y aurait beaucoup de sang répandu dans l'étendue de la République.

Les dragons n'hésitèrent pas à arrêter cet incohérent personnage et l'emmenèrent à la Roche-Sauveur (La Roche-Bernard) ainsi que le rapporta le dragon Guillaume Faconnet.

Interrogé, cet incohérent personnage reconnut qu’il était l’abbé Joseph Ryo et qu’il n’avait prêté aucun des Serments. Il fut décidé de l’emmener à Lorient.

Le départ se fit le 27 octobre mais près du hameau de Kerivain, en Marzan, une cinquantaine d'hommes en armes et masqués de noir attaquèrent les gendarmes d'escorte.  Le brigadier Japiot échappa à trois coups de fusil ; il ordonna au gendarme Girrard de faire feu sur le prêtre. Mais son pistolet rata sa cible. Et ce fut une retraite précipitée sur La Roche-Sauveur, les insurgés Chouans aux trousses. Arrivés à la ville aux environs de 10 heures le prêtre est incarcéré à nouveau au Rodoir.

Nouveau départ mais sous la forte escorte d’une troupe d’infanterie.

Arrivé ainsi à Lorient, il comparait, le 4 novembre 1794, devant ses juges et le redoutable Accusateur public François-Marie Marion. Au cours de son interrogatoire, l’abbé Joseph Ryo fait preuve d’une parfaite maîtrise, ne tombant pas dans les pièges tendus et ne compromettant aucune des personnes qui l'ont nourri ou hébergé.

A retenir le fait qui intrigue les juges : "pourquoi, lorsqu'il fut arrêté, en promettant une récompense si on le laissait se sauver, il dit que s'il venait à perdre la vie il y aurait beaucoup de sang répandu dans l'étendue de la République".

L’abbé répondit " qu'en disant que s'il perdait la vie il y aurait beaucoup de sang de répandu, il entendait que, ne se trouvant plus dans le canton pour l'empêcher de se soulever, les habitants eussent été exposés à des conseils dangereux".

Cette excellente réponse ne fut pas retenue en sa faveur.

Le Tribunal déclara qu'il est constant que Joseph Ryo, prêtre insermenté, était sujet à la déportation, que loin de se conformer aux dispositions des lois sur cette matière, il est resté déguisé et caché sur le territoire de la République.

En conséquence le Tribunal condamne le dit Ryo à la peine de mort, ordonne qu'il sera dans les 24 heures livré au Vengeur du peuple pour subir son jugement sur la place de la Montagne, en cette commune de L'Orient, et déclare ses biens acquis et confisqués à la République, le tout en exécutions des articles 5, 10, 14, 15 et 16  de la loi du 30 vendémiaire qui ont été lues.

J.-M. Raoul, président ; J. Néron, Fornier,  J-M. Saint, juges ;  Thomas, greffier.

François-Marie Marion, accusateur public

L’abbé Ryo fut guillotiné le 5 novembre, place de La Montagne – actuelle place Alsace-Lorraine-; il avait quarante ans et quatre mois.

C'était il y a 220 ans exactement.

 

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