CARRIER, FIN de CARRIERE ou le triomphe de la langue de bois

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CARRIER, FIN de CARRIERE ou le triomphe de la langue de bois

Charles-François Dupuis est député de Seine et Oise à la Convention de 1792 à 1795, régicide, âgé de 51 ans. Parfaitement athée, il a commis quelques ouvrages sur l'Origine de tous les Cultes, d'où il ressort que Dieu a été créé par l'homme pour exprimer la force universelle, que le christianisme a le même fondement que toutes les autres fables solaires qu'il a le caractère du dieu soleil etc. Il vivrait maintenant il pourrait dire que la religion laïque, elle, mise tout sur la lune ...(et là, il n'aurait pas tort!)

Ce matin du 24 novembre 1794 il monte à la Tribune de la Convention : Une cible : Carrier.

"Citoyens collègues,

Il nous avaient bien indignement calomnié ceux qui avaient publié que Carrier trouverait parmi nous des défenseurs, parce qu'il y avait des complices des amis ; il n'était que le premier chaînon d'une longue chaîne d'hommes coupables de crimes pareils, qui tous avaient un grand intérêt à s'opposer à ce que cette première redoute de leur camp fut remportée. Nous avons victorieusement repoussé cette calomnie par l'unanimité qui a résulté de notre appel nominal.

C'est moins à vous, citoyen représentant, que j'adresse le discours que j'avais préparé contre Carrier qu'à tous ceux qui en dehors de cette enceinte songeraient encore à le justifier ou à le plaindre, et rejetteraient ses crimes sur la fougue d'un patriotisme peu éclairé, qui a poussé souvent des patriotes ardents au-delà des bornes de la justice et de la sagesse.

Ce serait se tromper étrangement, que de s'obstiner à voir dans Carrier, un patriote persécuté par l'aristocratie, comme il a voulu le donner à entendre lui-même, au lieu d'y voir un des agents les plus forcenés de la conspiration des rois de l'Europe, qui voulaient ensanglanter votre révolution à un tel point que vous-même en fussiez fatigués, et décrié le nom Français aux yeux de tous les peuples du monde. Voilà le rôle dont Carrier était chargé parmi nous ; et je laisse à juger s'il a rempli à la satisfaction de ses maîtres. Oui et c'est sous ce point de vue que Carrier se présente à mes yeux ; c'est la réflexion qui naît dans mon esprit, lorsque je porte le regard sur la masse de ses crimes, que j'en considère la nature, que je me rappelle dans quels temps dans quels lieux il les a commis, et que je me demande quel en pouvait être le but ; car il m'est alors impossible d'y trouver un homme qui chercha à établir la république en la faisant aimer. Je n'y vois plus qu'un agent de la contre-révolution dont je vais tracer le plan auquel il a constamment travaillé.

Vous l'avoir signalé, c'est avoir signalé à la France tous les agents de cette vaste conspiration, qui devait ensevelir la république sous des monceaux de cadavres. Dans l'impossibilité de vous vaincre par la force des armes, il fallait rendre les formes de votre république si affreuse que non seulement les sujets des rois mais aussi les Français eux-mêmes en eussent horreur et que dans le parallèle que l'on ferait de leur gouvernement avec le vôtre, tout l'avantage reste à la monarchie. Car ce n'est pas l'imbécile Capet, le descendant des rivaux de l'orgueilleuse famille d'Autriche que l'empereur (d'Autriche -note SCB) voulait venger ; ce n'était point les prêtres que l'Angleterre voulait rétablir en France pour plaire au pontife de Rome ; c'était la république française qu'il fallait empêcher de s'établir au milieu des monarchies d'Europe, qu'elle doit un jour écraser de sa puissance. Vos ennemis étaient assez instruits en politique pour savoir qu'il n'est aucune force dans la nature qui puisse établir le gouvernement républicain sur les bases de la scélératesse et du crime ; que c'est l'affreux privilège des gouvernements des despotes.

On jeta donc les yeux sur les hommes les plus exagérés dans leurs principes, les plus aveugles dans leur fougue, les plus soupçonneux et les plus irascibles par caractère, les plus immoraux dans leur conduite ; sur ceux qui avaient ou plus de passions ou plus de besoins, ou plus de craintes du retour à un ordre quelconque ; et de tous ces éléments ont composa l'affreuse ligue soi-disant révolutionnaire, qui dirigée par des agents plus rusés nous conduisait tout droit à la contre-révolution.

Je vous dénonce aujourd'hui Carrier, comme ayant été un des agents de cette conspiration des rois, à laquelle son caractère naturellement féroce apparut le rendre propre aux yeux des chefs de cette vaste conjuration, qui s'étendait sur toute la France, et qui organisait ses moyens d'attaque et devait les faire réussir à l'ombre du drapeau tricolore jusqu'au moment ou elle arborerait le drapeau blanc.

Ce discours se termine ainsi :

D'après ces considérations, je conclus à ce que Carrier soit traduit au tribunal révolutionnaire pour avoir été constamment l’agent du plan de contre-révolution, qui tendait à renverser la république, en la rendant si affreuse, qu'elle fit regretter à tous les Français l'empire des rois, et qu'elle les disposa à recevoir un maître, lorsqu'on lui offrirait la paix à ce prix, et qu'il n'y aurait plus un seul citoyen qui n'eût à se plaindre du nouveau gouvernement.

C'est du grandiose ! Barère a du le rêver : Dupuis l'a fait. Arriver à transformer les crimes de Carrier, couverts par la Convention, pour en faire une provocation royaliste, c'est de la Guépéou avant l'heure, le comble du machiavélisme. Ce discours monte la trame, va expliquer l'encadrement de l'accusation, le motif de l'exécution de Carrier, comme je le disais une nouvelle fois dimanche 16 novembre sur le site de l'ancien Entrepôt des cafés. Ce n'est pas pour ses crimes que Carrier va être exécuté. Il faut de la lumière pour éclairer la mémoire !

En suivant, la Cpnvention décrète:

24 novembre 1794, 4 Frimaire An III :

Décret portant qu'il y a lieu à accusation contre le représentant du peuple Carrier (Bulletin 91/470  Bulletin 49/25).

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