Agnès de La Barre de Nanteuil, une Chouanne du XXème siècle

Publié le par culture

Née le 17 septembre 1922 à Neuilly sur Seine dans une famille de vieille noblesse normande remontant au XIIIème siècle, Agnés de La Barre de Nanteuil compte dans ses ancêtres directs Alfred, Laurent, Justin, de La Barre de Nanteuil. Celui-ci servit sous les ordres du général de Lamoricière dans les Zouaves Pontificaux et fut tué dans l'ultime combat de Castelfidardo, le 18 septembre 1860 aux côtés de la fine fleur de la noblesse française, dont Georges de Pimodan, qui s'était mobilisée pour venir au secours du Pape.

La famille s'est installée dans le pays vannetais en 1937. Ils s'installent d'abord en location au château de Runiac en Theix et viennent ensuite habiter Vannes, 35 rue Jeanne d'Arc. Dès les débuts de l'occupation allemande, en 1940, Monsieur et Madame de La Barre de Nanteuil entrent en résistance. Les enfants ne vont pas tarder à en faire autant.

En 1941, Agnès de La Barre de Nanteuil participe à un réseau d'évacuation des pilotes alliés, tombés en Bretagne, fondé par sa mère. Elle camoufle, par son engagement comme cheftaine de Louveteaux, ses activités et déplacements pour transmettre des messages cachés dans le guidon de son vélo ou dans ses chaussures. Au nez et à la barbe de l'Occupant.

Elle se rendra à la Clinique des Augustines de Malestroit où Mère Yvonne-Aimée et ses soeurs cachent des résistants dans des conditions difficilement imaginables (dont la rupture de la Clôture qui isole, comme dans tout couvent, les religieuses du monde extérieur).

Agnès ira loin dans la résistance en participant à des opérations de balisage de terrain pour la réception de parachutages (peut-être le terrain se situant à côté de Sérent ?), la fabrication de fausses cartes d'identité. Aide médico-sociale elle vient aider à l'hôpital de Nantes lors des bombardements de 1943. Elle accomplit sa dernière action militaire dans la nuit du 12 au 13 mars en effectuant un dernier balisage pour un parachutage d'armes à destination du maquis de Saint-Marcel.

Fervente catholique, elle repartit, le lundi 13 mars,  pour assister à la messe du matin chez les Frères Mineurs de Vannes.

Début du calvaire:

En rentrant chez elle, elle a la très désagréable surprise de se trouver face à la Gestapo ; c'est Benoît, son frère, qui avait ouvert la porte, car, si la police allemande était restée sur le trottoir, il est sûr qu'Agnès se serait sauvée.

A son frère Benoît et à sa soeur Catherine qui manifestent leur émotion la maman dit :"On ne pleure pas devant ces gens là".

Agnès de La Barre de Nanteuil est emmenée, dans un premier temps, à la prison de Vannes où elle subit un premier interrogatoire ; devant son mutisme elle est emmenée, le 16 mars à la prison Jacques Cartier, à Rennes. Là, la police allemande n'aura aucune pitié pour cette jolie jeune femme et va lui appliquer un interrogatoire sévère avec sévices. Elle ne parle toujours pas. Elle est pour ses co-détenues un exemple de joie et de Foi.

Devant l'avance des Américains, 2000 prisonniers, au nombre desquels Agnès et sa jeune soeur Catherine, mais aussi des FFI, des soldats américains ou anglais, sont entassés dans des wagons à bestiaux surchauffés et le convoi s'ébranle, le 3 août, pour l'Allemagne et ses camps de concentration.

La fin du calvaire:

Il y a 70 ans aujourd'hui, à Langeais, le train est mitraillé par des avions de chasse anglais ; arrêté, les prisonniers cherchent à se mettre à l'abri des tirs. Agnès est blessée à l'aine par une balle. Balle anglaise ou allemande tirée par un soldat gardant les prisonniers et menaçant ceux qui voudraient s'échapper ? C'est cette deuxième hypothèse qui est retenue. à la suite de l'enquête effectuée, après le conflit, par son cousin l'abbé de Vitton. Il s'agirait même d'un soldat autrichien. Toujours est-il que la jeune fille est grièvement blessée.

Hospitalisée à Tours dans un premier temps,  elle sera, le 10 août, transportée sur une civière, remise dans un train en partance pour l'Allemagne. Son calvaire prendra fin, sans qu'elle ait exprimé une plainte, le 13 août à 21 heures ...en gare de Paray Le Monial* !

Agnès de La Barre de Nanteuil n'avait pas encore 22 ans.

Lorsque la porte du wagon sera ouverte, grande sera la surprise du médecin de la Croix Rouge en voyant trente cinq jeunes femmes à genoux, sales, dépenaillées entourant le corps d'Agnès et priant. Or il y avait dans ce wagon des femmes qui se disaient incroyantes.

Avant de mourir, Agnès avait confié qu'elle avait pardonné à son dénonciateur et avait annoncé à ses co-détenues que grâce à ses souffrances elles seraient bientôt délivrées...ce qui fut le cas quelques jours plus tard.

Elle sera inhumée au cimetière de Paray Le Monial dans le  tombeau familial du médecin qui avait constaté sa mort.

*Remerciements à la mairie de Paray Le Monial et à la responsable du service de l'Etat Civil

Agnès de La Barre de Nanteuil, une Chouanne du XXème siècleAgnès de La Barre de Nanteuil, une Chouanne du XXème siècleAgnès de La Barre de Nanteuil, une Chouanne du XXème siècle
Agnès de La Barre de Nanteuil, une Chouanne du XXème siècleAgnès de La Barre de Nanteuil, une Chouanne du XXème siècleAgnès de La Barre de Nanteuil, une Chouanne du XXème siècle

A une date non précisée, elle sera exhumée et transportée à Vannes où elle repose, au cimetière de Boismoreau, près de son papa décédé en 1942. L'y rejoindront sa maman en 1972 et sa soeur Catherine en 1992.

D'après le général Jean-Léonard Koechin-Schwartz (Merci à Mélanie M. des Archives Municipales de Vannes) une messe sera célébrée le jeudi 28 septembre 1944 en la Cathédrale de Vannes (paroisse du 35 rue Jeanne d'Arc). Il est loisible de penser que Agnès avait été rapatriée de Paray Le Monial et que son corps était présent pour cette messe (un jeudi, jour de congé scolaire à l'époque, seul jour de la semaine pour une cérémonie religieuse à laquelle puisse se rendre le plus grand nombre de personnes - samedi école et dimanche pas d'obsèques).

En 2002-2003, Agnès de La Barre de Nanteuil sera choisie comme marraine de promotion de l'EMCTA (Ecole Militaire du Corps Technique et Administratif*) des Ecoles de Saint Cyr-Coëtquidan.

Deux femmes avant Agnès de La Barre furent marraines de promotion:

-La 78ème, Promotion Jeanne d'Arc, 1893-1895 (Saint-Cyr) A cette époque Jeanne d'Arc n'est ni béatifiée (18 avril 1909) ni canonisée (16 mai 1920).

-La 101ème, Promotion Sainte Odile, 1917-1918 (Saint-Cyr).Sainte Odile a été canonisée au XIème siècle.

MERCREDI 13 AOÛT PROCHAIN à 16 H au cimetière de Boismoreau à Vannes, le Souvenir Chouan de Bretagne rendra hommage à cette héroïne,  Droite Chouanne du XXème siècle qui est allée au bout de ses convictions, au risque de tout perdre, même la vie dans les souffrances.

Cet hommage sera présidé par Monsieur l'abbé Raphaël d'Anselme, Père curé de la paroisse Saint Patern dont relève le cimetière où repose Agnès de La Barre de Nanteuil, jeune pour l'Eternité.

Merci Mademoiselle pour l'exemple de Foi, Engagement, Probité et Courage que vous nous donnez.

Sa tombe est à quelques mètres de la tombe de Julien Guillemot, le fils de Pierre "Roi de Bignan" et du monument marquant l'endroit où fut inhumé le Bienheureux Pierre-René Rogue en 1796 après qu'il eut été guillotiné. Dans la partie haute du cimetière ancien, boulevard de la Paix.

*Surnommés les "Glouglou" par les Elèves de l'ESM, moqués par les Elèves de l'EMCTA poussant le gloussement en rapport avec les plumes de leur casoard!

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JC Desmars 17/08/2014 23:42

Comment ne pas penser à Sainte Marguerite-Marie, la Visitandine de Paray-le-Monial, qui reçut les desseins de la Providence : unir la France au Sacré-Coeur par les liens d'une affection privilégiée.

M.A. de Rengervé 07/08/2014 16:03

Tant que la France aura des personnes aussi courageuses et aussi saintes, elle s'en sortira !!!
C'est très réconfortant et très émouvant. Bravo