JUIN 1794 : Avis de tempête sur la marine révolutionnaire

Publié le par culture

C'est un beau roman, c'est une belle histoire, c'est une romance d'aujourd'hui, 1 juin 1794, 13 prairial An II.

A l'origine, un fait : la Bataille navale, au large des côtes irlandaises (+ou - 50 Km et à 200 Km du Finistère) qui se déroula entre les vaisseaux de guerre français commandés par Villeret-Joyeuse et la Flotte Britannique commandée par l'amiral Howe. 

La raison : l'attaque par les Anglais d'un convoi commercial français rentrant des Antilles ; les Britanniques ont la mémoire certaine et une rancune tenace contre les Français après avoir été évincés, sous le Roi Louis XVI, des Amériques.

Les révolutionnaires naviguaient, surfaient plutôt, sur l'excellente marine ci-devant Royale créée par Louis XV et le Duc Etienne-François de Choiseul dont le génie avait été d'encourager les provinces à financer ou à construire elles-mêmes des unités pour "La Royale". Cette idée fut entretenue par Louis XVI. C'est ainsi qu'il y eut, entr'autres, les vaisseaux de ligne “Les Etats de Bourgogne“ le “Marseillois“ et le “Bretagne“, impliqués dans cette bataille navale du 1 juin 1794.

Les officiers ne sont plus trop à la hauteur des galons qu’ils portent, ceux qui l’étaient sont soit dans les geôles révolutionnaires, soit déjà guillotinés, les plus prévoyants ayant émigré.

Le personnel est souvent incomplet en nombre et en formation.

Les Etats de Bourgogne“, lancé en 1790, et  le “Bretagne“, lancé en 1766, ont été construits à Brest, avec du chêne des forêts bretonnes, des pièces métalliques des Forges de Paimpont, les petites voiles ont été tissées et fabriquées à Locronan, les grandes, à Rennes. Les canons furent fondus à Ruelle, en Charente.

Le “Marseillois“ a été lancé en 1766, à Toulon où il a été construit.

La révolution c’est déjà le changement de nom. Les villes, les personnes, les noms de jour et aussi les noms des Bâtiments de la Marine ci-devant Royale : “Les Etats de Bourgogne“ va devenir “La Montagne“, le “Bretagne“ “Le révolutionnaire“ et le “Marseillois“ portera le doux nom de “ Vengeur du peuple“.

Les autres navires portent aussi des noms sympathiques : Convention, Tyrannicide, Jacobin, Patriote, Jemmappes, Pelletier (de Saint Fargeau), Révolution, Marat.

Chez les Anglais, un vaisseau entr’autres navires : le Bellérophon, présent à Quiberon en 1795 et qui assurera la dernière croisière de Napoléon 1er en 1815.

C’est une bataille navale dure et les Anglais ne sont pas des moussaillons. Les pertes se montent à 4.000 morts et blessés, 3.000 prisonniers pour les Français, 300 morts et plus de 800 blessés pour les Anglais.

 

 JUIN 1794 : Avis de tempête sur la marine révolutionnaire JUIN 1794 : Avis de tempête sur la marine révolutionnaire JUIN 1794 : Avis de tempête sur la marine révolutionnaire
 JUIN 1794 : Avis de tempête sur la marine révolutionnaire

La jeune république va se voir confisquer 7 vaisseaux, un autre coule. C’est ce dernier qui va faire l’objet de tous les soins de Bertrand Barère qui va lui consacrer une de ses Carmagnoles. Il l’a fait, déjà, depuis la tribune de la Convention pour Bara, le palefrenier tué du côté de Bressuire en décembre 1793.  

Barère déclame à la tribune de la Convention – dont le secrétaire est Jean-Baptiste Carrier (encore ami de Barère et Robespierre) nullement inquiété pour ses crimes à Nantes – une nouvelle carmagnole dans laquelle il n’y a plus de sauveteurs anglais, des monstres, seulement des marins français qui envoient les Couleurs, chantent la Marseillaise et crient  " Vive la République " au moment du naufrage. "Tout à coup, le tumulte du combat, l'effroi du danger, les cris de douleur des blessés cessent. Tous montent sur le pont, tous pavillons  et toutes flammes arborés. Les cris de « Vive la république, Vive la liberté, Vive la France ! » se font entendre de tous côtés. C'est le spectacle touchant et animé d'une fête civique plutôt que le moment terrible d'un naufrage... Nos frères ne délibèrent plus ; ils voient l'Anglais et la Patrie ; ils aimeront mieux s'engloutir que la déshonorer par une capitulation. Ils ne balancent point, leurs derniers vœux sont pour la Liberté et la République : ils disparaissent. " 

La réalité est moins prosaïque et il ne sera tenu aucun compte du rapport du Capitaine de vaisseau Jean-François Renaudin, commandant du “Vengeur du peuple“ qui précise qu’il a amené les couleurs et fait envoyer la marque britannique pour annoncer sa reddition et sa demande de secours. Les Anglais, selon la tradition maritime ancestrale, portent aide et assistance aux naufragés ; ils recueillent, outre le capitaine Renaudin, 7 officiers ainsi que 267 hommes d’équipage. Restent à bord, lorsque le “Vengeur du peuple“ coule, les morts et les blessés du combat naval. La moitié de l’équipage a donc été sauvée. D’après un témoin de l’époque, il semblerait qu’une bonne partie de l’équipage demeurant à bord avait découvert la réserve d’eau de vie ; d’autre part l’équipage n’a pas été en mesure de réparer une importante voie d’eau causée par des boulets de canon en dessous de la ligne de flottaison, ni de fermer les sabords inférieurs, laissant ainsi l’eau s’engouffrer dans les infrastructures.

 

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 JUIN 1794 : Avis de tempête sur la marine révolutionnaire

La surprise fut grande à la Convention lors du retour du capitaine Renaudin et de ses marins libérés des pontons de Londres .

 

Il n’empêche : Si la fable du petit Bara persiste dans sa légende – le maire de Palaiseau lui a consacré il y a quelques temps une exposition avec les mêmes mensonges – celle du “Vengeur du peuple“ a les cales plombées, même si Lamartine (le capitaine Renaudin – mort en 1809 - coupé en deux par un boulet de canon) et Thiers ont été complices de Barère. Paris possède un bas-relief à la gloire des glorieux martyrs révolutionnaires sur la colonne de la place de la République, ainsi qu’une sculpture au Panthéon !

 

La République ne peut pas reconnaître ces mensonges qui font partie de ses valeurs fondatrices. Or….

 

Les temps sont durs pour la marine de la révolution : elle s’est faite kidnapper “La Pomone“ en avril 1794 et celle-ci viendra, sous pavillon britannique, débarquer les Emigrés sur les plages de Carnac en 1795. Autre perte, en septembre 1793, la frégate “Hermione“, le navire de La Fayette, qui a coulé en face du Croisic. Cette dernière a été maintenant reconstruite à l’identique à Rochefort.

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