NOUS DEVONS PORTER CETTE BONNE NOUVELLE...

Publié le par culture

Il est dans la logique de la conclusion de la très belle homélie, entendue hier Dimanche en l'église Saint Clément de Nantes, de vous la faire connaître.

Elle est bien évidemment publiée avec l'accord de son auteur, le Père Yves Chéreau. Elle a été donnée dans un silence qui nous a permis d'entendre le vol du Saint-Esprit !

 

TROISIÈME DIMANCHE DE PÂQUES

Ils allaient, tout tristes, sur la route, parlant des évènements auxquels ils avaient pris part et qui les avaient déçus. Et voilà que pendant qu’ils parlaient Jésus qu'ils ne reconnaissent pas se mêle à eux.

Heureux voyageurs qui avec leur peine, leur manque de foi, vont avoir à cheminer avec le Christ. Heureux voyageurs, prêts à expliquer à cet inconnu, le Vivant parmi les vivants, que Jésus était et qu’il n'est plus. II était et il n’est plus, car cet homme, ce Jésus de Nazareth ce prophète puissant par ses actes et ses paroles, les chefs des prêtres et les dirigeants l’ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié : ce jour là tout s'est cassé, ce jour là il n'y a pas eu de miracle, tout a raté...

"Et nous qui espérions qu'il serait le roi d'Israël".

Heureux voyageurs qui pour être honnêtes jusqu'au bout avec cet étranger, le seul à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci, n’hésitent pas à expliquer le bouleversement qu’ils ont eu à l’histoire de ces femmes qui sont allées au tombeau: elles sont sérieuses ces femmes ! Pierre a été ébranlé; certes Marie-Madeleine est une femme, mais pas une de ces demi-folles qui racontent n’importe quoi. II a fait signe à Jean, et tous deux enveloppés dans leur manteau, on couru vers le tombeau. Pas de doute le corps n'est pas là. De plus que veut donc dire cette apparition des anges qui disent qu’il est vivant. Chacun s'est perdu en supposition, mais aucun n'a cru. C’était bien la fin de tout.

L’homme, même s'il est fils de Dieu, a joué sa vie et il a perdu : pour trente deniers l’homme est tombé. La nuit est venue, d'autant plus profonde qu'il y avait eu l’espérance ; elle est venue la mort avec son baiser, le baiser aux dents jaunies, la mauvaise haleine du profit. Elle est venue la nuit, et puis rien, sauf peut-être, mais il faut bien s'en défendre, ce message incompréhensible des anges, sauf peut-être cet étranger à qui il fait bon de raconter.

Alors les deux pèlerins d'Emmaüs s'arrêtèrent tout tristes pour raconter à cet inconnu, ce Jésus qui ne s'est pas encore fait reconnaître, les tristes événements qui se déroulèrent à Jérusalem : ils sont venus la nuit, comme pour un voleur, avec des torches, des épées, des bâtons et tout a commencé, ce commencement de la fin, et tout a commencé de Caïphe à Pilate, de cours en Palais de justice, de Pilate à Hérode, et d'Hérode à Pilate. Pierre a dit qu’il ne connaissait pas Jésus, qu'il n’avait rien à voir avec cet homme, coup de poignard dans le dos de cet ami, et Judas n’avait pas été le seul à renier le maître. Et Jésus se taisait... les mêmes questions, sans arrêt, sans réponse, sauf cette affirmation bizarre devant le gouverneur : "Oui, je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ce que je dis".

Et Jésus se taisait alors que la foule hurle et crie : Pilate a donné de choisir entre le Nazaréen et cette crapule de Barrabas, vous savez bien ce bandit qui a bien cinq ou six cadavres sur la conscience. La foule hurle et crie, elle demande la libération de Barrabas et condamne Jésus â mort.

Arrivé sur le Golgotha, on enlève à Jésus sa tunique et à grands coups de maillets on le cloue sur une croix... Marie, sa mère, se trouvait là le visage ravagé, les yeux secs d’avoir trop pleuré, soutenue par Jean et Marie Madeleine. Quelqu’un a même ricané alors que Jésus s'épuisait de douleur : "II parait qu'il a sauvé des tas de malheureux, pourquoi ne se sauve-t-il pas lui-même ?". Un grand cri auquel ne répondirent que les rafales du vent, quelques soubresauts, puis plus rien. La mort avait vaincu !

Heureux voyageurs qui ont pu raconter tout cela à ce pèlerin qui inspire confiance et qui vont maintenant recevoir de lui la plus belle, l’unique leçon d’Ecriture Sainte jamais entendue. Certes ils se sont fait un peu admonester: "vous n'avez donc rien compris"; certes ils auraient dû être quelque peu surpris que cet inconnu, ignorant de ce qui s'était passé à Jérusalem, puisse, en partant de Moïse et de tous les prophètes, expliquer que le Messie eut à souffrir tout cela pour entrer dans sa gloire. Pourtant, esprits lents à croire, peu à peu leurs cœurs se réchauffaient et devenaient même tout brûlants.

Heureux voyageurs qui vont s'efforcer de retenir cet inconnu, ce Dieu inconnu, lui le Fils de Dieu ressuscité, chez eux, avec eux, et qui maintenant, dans ce repas, à cette fraction du pain vont pouvoir reconnaître Jésus : "Reste avec nous: le soir tombe et déjà le jour baisse".

Bienheureux donc les pèlerins d'Emmaüs. Bienheureux sommes-nous à qui le Christ, comme jadis pour les disciples d'Emmaüs, explique !'Ecriture, et nous partage le pain dans cette eucharistie. II était mort, il est ressuscité et comme Cléophas et son compagnon, nous devons porter à nos frères cette bonne nouvelle: c’est vrai le Seigneur est ressuscité.

Amen

 

Abbé Yves Chéreau

Curé de Saint Clément de Nantes

 

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