NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.

Publié le par culture

Le 6 janvier 2011, notre Blog, tout jeune de 10 mois, rendait hommage à Maurice Gigost d'Elbée fusillé sur l'espace se trouvant entre le château et le bras de mer lui faisant face.

Quelques temps après avoir été gravement blessé  lors de la Bataille de Chollet, Charette qui venait de prendre l'Île de Noimoutier en octobre, lui proposait de s'y réfugier, en toute sûreté. Mais le 3 janvier  1794, Nicolas Haxo et son subordonné Nicolas Louis Jordy attaquaient et prenaient l'Île. Durement blessé lors de l'attaque de Barbâtre, Jordy continuera à diriger les opérations, porté sur une civière. Mais devant Noirmoutier il sera de nouveau atteint par une balle en fronto-pariétal droit (l'extraction de la balle entraînera la perte de son oeil droit et la paralysie de la main gauche).

Interrogé par les Représentants en mission Bourbotte, Prieur de la Marne et Turreau (et Dutruy ?) qui avaient eu la surprise de le découvrir en l'hôtel Jacobsen, Maurice Gigost d'Elbée ne donna aucun renseignement durant les deux jours pendant lesquels il fut régulièrement interrogé. Il aura, avec Turreau, des échanges sur des questions non stratégiques telles que les dissenssions entre les Chefs de l'Armée Catholique et Royale ou sur l'inutilité de la "Virée d'Outre Loire".

Incapable de tenir debout, suite aux blessures reçues à Chollet,  il est transporté dans un fauteuil sur le lieu de la mise à mort. A ses côtés son ami Pierre-Prosper Gouffier de Boisy (ancêtre de l'épouse d'André-Jean - qui lui descend de Sébastien de La Haye de Silz - tué à Grand Champ en 1795- Membres du SCB), son beau-frère Pierre Duhoux d'Hauterive. Les Représentants en mission vont leur joindre Jean-Conrad Wiéland, lieutenant-colonel et ancien commandant des Bleus, qui s'était rendu à Charette en octobre. On semble surtout lui reprocher d'avoir été un prisonnier sans lien, vivant en bonne intelligence avec ses geôliers qui lui avaient même laissé son épée (la Convention décidera en 1795, de verser une pension à sa veuve et pour leurs trois enfants).

 

NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.

Dimanche 5, pour le 220ème anniversaire des exécutions commencées le samedi 4 janvier 1794 (et qui vont se poursuivre jusqu'en août), le Père Curé de Saint Philbert de Noirmoutier, l'abbé Pierre Chatry, avait organisé une journée du Souvenir en ce jour de l'Epiphanie. La messedont furent privées les victimes de 1794, fut célébrée dans la même église où étaient enfermées 220 ans auparavant, le jour même, les futurs assassinés.

Un livret permettait de chanter et de lire les textes de la messe. Mais il contenait aussi un autre livret rappelant l'Histoire. Plusieurs fois il fut fait mention des évènements qui s'étaient déroulés en ce lieu. Devant l'autel, sur un pupitre, la plaque en bronze destinée à être scellée dans l'église afin de rappeler ce qui s'était passé en 1794 dans ce lieu, précisement. Nous sommes davantage habitués à un dévoilement de plaque déjà scellée et bénie sur place. La suite de la cérémonie donna l'explication à ce qui pouvait sembler curieux.

Avant l'envoi, le célébrant qui portait les ornements blancs, annonça qu'après la messe, aurait lieu, comme lors d'obsèques, la prière de l'Absoute. L'abbé Chatry invitait l'assemblée à demeurer pour cette cérémonie funèbre.

Paul Herbreteau, fidèle Noimoutrin, a fourni de bonnes videos que vous trouverez sous les liens colorés.

La plaque fut alors déposée sur une table revêtue d'une nappe blanche devant laquelle fut posé un bénitier. Ayant revêtu une étole et une chappe de couleur violette, le célébrant entama la cérémonie de l'absoute.

NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.
NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.
NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.

Chant du Requiem,

Kyrie de la messe des morts,

de Profundis,

L'abbé Pierre Chatry encensa ensuite la plaque, l'aspergea d'eau bénite et invita l'assistance à venir faire de même, comme cela est fait sur un cercueil lors d'obsèques. L'assistance vint, en procession, procéder à la bénédiction de la plaque.

Le chant d'A Dieu: In Paradisium (d'abord lu en français par l'assemblée avant le chant en grégorien), puis Salve Regina. 

Ensuite le Père curé nous mena à l'endroit où serait fixée cette plaque, endroit où un fac-similé avait été installé, dans le baptistère actuel qui était à l'époque un portail par lequel sortirent les victimes menées à l'exécution dans une vasière, décharge de détritus, dans le quartier de Banzeau au lieu-dit "La vache".

Après le déjeuner (excellent) préparé par un traiteur et servi par des paroissiens, nous allâmes dans la salle paroissiale pour une table ronde dirigée par le Père Pierre Chatry. Une soixantaine de personnes réunies pour écouter, avec intérêt, les Membres de l'Association "Les Amis de Noirmoutier" sur cette période criminelle. Un échange de questions-réponses permit à beaucoup d'obtenir des détails sur ces évènements d'il y a 220 ans.Au moment où les questions étaient taries, l'abbé Pierre Chatry closant les débats, je demandais la parole qui me fut gentiment donnée:

"Monsieur le Curé, je tenais à vous remercier pour cette journée du Souvenir et à vous féliciter pour la façon dont vous avez évoqué ces personnes exécutées. Mais depuis le temps que j'assiste ou participe à des inaugurations de plaques, c'est la première fois que j'assiste à une cérémonie d'obsèques, une Absoute, où le cercueil est remplacé par une plaque en bronze. Lors de la messe des morts, ce n'est pas le bois du cercueil que l'on encense et que l'on bénit : c'est la personne qu'il renferme. Vous avez eu l'idée géniale, inspirée, de procéder de même avec cette plaque en bronze qui contient le souvenir de centaines (voire de plus de deux milliers) de personnes vivantes. Merci, Monsieur le Curé, de nous avoir fait donner l'Absoute, à travers cette plaque en bronze, qui n'est plus anodine ainsi, à toutes ces victimes qui n'ont pas bénéficié d'une sépulture religieuse."

Ce petit discours fut chaleureusement applaudi, mais surtout à destination de l'abbé Pierre Chatry. Les applaudissements furent lancés par Michel Chatry, Président du Souvenir Vendéen co-organisteur de cette réunion du souvenir, qui me félicita.

Puis ensuite nous sommes partis pour la chapelle Notre-Dame de Pitié qui s'élève sur le tas de détritus-charnier. Le mur qui longe son accès a été le témoin de ces meurtres. A l'intérieur, dans un mur, un petit ossuaire contenant quelques ossements. Mais certainement pas ceux de Monsieur d'Elbée malgré le texte qui est placé là. Un chant de pénitence est notre prière. La suite du trajet nous mène à la Croix du Magnificat dans les dunes de la Clère sous lesquelles reposent les 22 personnes auxquelles est dédiée cette croix, mais aussi les massives centaines de ceux qui furent tués par ci, par là.L'abbé Pierre Chatry entonne le Magnificat. Nous avons terminé au cimetière Saint-Michel à la recherche de la tombe de Madame d'Elbée, sans résultat.

NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.NOIRMOUTIER, LUNDI 6 JANVIER 1794, il y a exactement 220 ans.
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Merci au Père Pierre Chatry, ainsi qu'à la Paroisse Saint Philbert de Noirmoutier pour cette émouvante réunion et pour leur accueil.

Un dernier lien video: La marche de Paul Herbreteau sur le chemin exact parcouru par ceux qui vont être fusillés. Massacrés serait un terme plus exact: en effet il n'y avait pas de peloton d'exécution mais "on tirait dans le tas". Souvent, pour gagner du temps on abattait à coup de crosse ou de baïonnette.

Paul a musicalisé son film avec la voix de Jacques Raveleau-Duparc, remarquable auteur-compositeur et interprète du spectacle "Charette ou la victoire des vaincus": "Noirmoutier".

Grand merci à Paul Herbreteau pour avoir étoffé, par ses videos, cet article anniversaire de la tuerie de Noirmoutier. Vous aurez remarqué que le Père Pierre Chatry souligne la déclaration d'Alain Gérard dans un colloque consacré à la révolution: "La Terreur n'est pas la révolution", en désaccord avec Clémenceau:" La révolution est un bloc, un bloc duquel on ne peut rien soustraire".

Oui, La Terreur est bien dans la logique de la révolution, sous différents aspects, depuis la reddition de la Bastille.

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Paul H 11/01/2014 15:52

Excellent discours délivré par Noël S à l'égard du Père Chatry. Le Requiem entonné sous les voûtes de la vieille Dame de Noirmoutier en souvenir des âmes de ces centaines de malheureux emprisonnés en leur temps en son sein, apportait ce doux frisson que les vibrations des voix de l'assemblée recueillie ne pouvaient qu'amplifier ...
Paul H