16 DECEMBRE 1794, CARRIER SUBIT SON JUSTE CHÂTIMENT

Publié le par culture

16 DECEMBRE 1794, CARRIER SUBIT SON JUSTE CHÂTIMENT16 DECEMBRE 1794, CARRIER SUBIT SON JUSTE CHÂTIMENT16 DECEMBRE 1794, CARRIER SUBIT SON JUSTE CHÂTIMENT

IL Y A 220 ANS

A cinq heures du matin le Président du Tribunal révolutionnaire Dobsent, les trois Vice-présidents, les 18 juges assistants, l'Accusateur public Leblois, le greffier et les 50 jurés se sont retirés pour délibérer après les quatre heures un quart de l'auto-plaidoirie de Carrier. Personne ne s'est risqué à le défendre.

A ses côtés 32 coaccusés qui ont, eux, au sens propre, du sang sur les mains.

Une heure plus tard, le Président prononça le verdict:

La mort dans les 24 heures pour Carrier (38 ans), Pinard (26 ans) et Moreau-Grandmaison (39 ans).

Les autres accusés : Bachelier, Bollogniel, Boulay, Boursy, Chartier, Chaux, Coron, Crespin, Ducon, Durassier, Forget, Foucaud,  Gauthier, Goullin, Guillet, Héron, Jolly, Lefèvre, Lévêque, Macé, Mainguet, Louis Naud, René Naud, O'Sullivan, Perrochaux, Proust, Richard, Robin

Sont reconnus complices ou auteurs de ces manoeuvres et intelligences (des crimes commis) en ayant participé à l'organisation des noyades ou en donnant des ordres arbitraires, en levant des taxes vexatoires, en faisant régner la terreur, en volant chez les particuliers. Mais ils ne l'ont pas fait dans un but contre-révolutionnaire !!!

Ce gibier de potence, ou plutôt de guillotine, ces bandits furent acquittés ; le Conventionnel Lecointre demanda que ces assassins soient jugés par un tribunal criminel dans leurs départements mais il n'y eut jamais de suite donnée à cette proposition de décret.

Gallon et Vic, au rôle plus obscur et indéfini furent aussi acquittés et mis en liberté.

A 2 heures de l'après-midi, le bourreau Sanson et ses aides vinrent à la Conciergerie chercher les trois condamnés. Si Carrier était d'un grand calme, si le cruel Moreau-Grandmaison le noyeur-sabreur pleurait à chaudes larmes, Pinard était comme fou à tel point qu'après qu'il eut essayer d'étrangler Carrier, il fallut se mettre à plusieurs pour le maîtriser, lui raser la nuque et l'attacher.

En descendant de charrette au pied de l'échafaud, la foule présente en grand nombre "applaudit cruellement pour témoigner sa satisfaction à les voir mourir" (Comte Fleury, Editions Pays et Terroirs).

Grandmaison se laissa renverser sur la planche à bascule ; il fallut que les quatre aides du bourreau contiennent Pinard écumant et rageant, se servant de ses poings liés et cherchant à mordre. Carrier monta les marches, sans manifester la moindre émotion sauf lorsque retentit, sortant d'un fifre, le ça ira, qui sembla outrager Carrier qui pourtant avait du le siffloter pour ses victimes.

Le Représentant zélé sut mourir avec dignité d'un rapide supplice, celui qu'il avait réservé à ses victimes étant plus terrible par la longue agonie.

Sa mort est une opération de blanchiement de la Convention qui l'a fait mettre en accusation d'où l'explication de sa phrase :"Tout est responsable ici, y compris la clochette du Président" (le "boucher" Legendre).

Il est intéressant de noter, parmi ceux qui l'ont décrété d'arrestation, des députés aux moeurs pures qui auraient été en bonne compagnie, avec lui, aujourd'hui, il y a 220 ans, sur la place de Grève : Billaud-Varenne, Fréron, Lequinio, Bourbotte, Bô.

Non, Carrier n'a pas été exécuté pour ses crimes, mais pour l'activité contre-révolutionnaire qu'il aurait menée afin d'exacerber les réactions des persécutés et les obliger à se révolter. C'est beau comme du Vichinsky (procureur stalinien responsable des purges à Moscou).

Article plus étoffé dans La Revue de décembre.

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